Emploi des jeunes : La question du véritable emploi se pose avec acuité
La Côte d’Ivoire multiplie depuis plusieurs années les
programmes d’insertion, les formations professionnelles, les stages, les
dispositifs d’accompagnement et les partenariats avec le secteur privé en
faveur de la jeunesse. Cette dynamique traduit une volonté de faire de l’emploi
des jeunes une priorité nationale. Mais derrière les annonces et les chiffres
demeure une question essentielle. Ces opportunités conduisent-elles réellement
à des emplois stables et durables ? L’enjeu n’est plus seulement de proposer
des milliers de stages, de formations ou d’opportunités ponctuelles. Il faut
désormais mesurer ce qu’ils deviennent six mois, un an ou deux ans plus tard.
Combien de jeunes formés obtiennent effectivement un emploi ? Combien de stages
débouchent sur un contrat ? Quels sont les niveaux de rémunération et la durée
des emplois proposés ? Ce sont ces indicateurs qui permettront d’apprécier
l’efficacité réelle des politiques d’insertion.
Passer de l’opportunité à l’emploi durable
Un stage peut constituer une excellente porte d’entrée dans
le monde professionnel et une formation donner à un jeune des compétences
recherchées. Mais lorsque ces dispositifs s’enchaînent sans déboucher sur une
véritable insertion, le risque est de créer une génération perpétuellement en
transition entre formation, stage et recherche d’emploi. Chaque dispositif
devrait donc intégrer davantage la question de l’après. La réussite ne peut se
limiter au nombre de bénéficiaires enregistrés, mais doit également prendre en
compte le taux d’embauche, la stabilité des contrats, la progression professionnelle
et les revenus obtenus.Le défi concerne aussi l’adéquation entre les
compétences disponibles et les besoins du marché. Certaines entreprises
recherchent des profils techniques ou spécialisés tandis que de nombreux jeunes
diplômés peinent à trouver leur premier emploi. Industrie, agriculture moderne,
logistique, transport, bâtiment, énergie, numérique, maintenance, tourisme et
services constituent autant de secteurs susceptibles de créer des emplois.
Former pour obtenir un diplôme reste important. Former pour exercer
effectivement un métier devient indispensable.
Faire du secteur privé un moteur d’emploi
L’État peut financer des programmes, faciliter les
formations et mettre en place des mécanismes d’accompagnement, mais il ne peut
à lui seul absorber tous les demandeurs d’emploi. La création massive d’emplois
durables dépendra largement de la capacité du secteur privé à investir, se
développer et recruter. Renforcer les passerelles entre entreprises et jeunes
demandeurs d’emploi devient donc essentiel. Les petites et moyennes entreprises
doivent également être davantage soutenues. Faciliter leur accès au
financement, simplifier certaines démarches et accompagner leur croissance
revient indirectement à renforcer leur capacité d’embauche. L’emploi des jeunes
doit ainsi être considéré non seulement comme une politique sociale, mais comme
une composante centrale de la politique économique nationale.
Décentraliser les opportunités
La politique d’emploi ne doit pas se concentrer uniquement
sur Abidjan. Bouaké, San Pedro, Korhogo, Daloa, Yamoussoukro, Man et les autres
villes du pays disposent de potentiels économiques importants. Agriculture,
transformation locale, commerce, industrie, tourisme et services peuvent
devenir de puissantes sources d’activité. Décentraliser davantage les
programmes d’insertion, permettraient de rapprocher les opportunités des jeunes
tout en contribuant au développement économique des territoires. Un jeune ne
devrait pas être obligé de rejoindre Abidjan pour espérer construire son avenir
professionnel. Créer des bassins régionaux d’emploi permettrait également de
réduire les déséquilibres territoriaux et de mieux valoriser les ressources
économiques locales.
L’entrepreneuriat ne peut pas être la seule réponse
Face au chômage, l’entrepreneuriat est souvent présenté
comme une solution. Il constitue effectivement une voie importante, mais tous
les jeunes n’ont ni la vocation ni les moyens de devenir entrepreneurs. Créer
une entreprise nécessite un marché, des compétences, du financement, un
accompagnement et une capacité à supporter le risque.Il faut donc éviter de
transformer l’entrepreneuriat en réponse automatique à l’absence d’emploi
salarié. Une économie équilibrée a besoin d’entrepreneurs, mais également de
techniciens, d’ouvriers qualifiés, d’ingénieurs, de commerciaux, de
spécialistes du numérique et de nombreux autres professionnels.
Passer des annonces aux résultats
La prochaine étape doit être celle de l’évaluation.
Communiquer sur le nombre de bénéficiaires des programmes est utile, mais
publier également leur devenir professionnel permettrait d’identifier les
dispositifs les plus performants et d’améliorer ceux qui produisent moins de
résultats. La Côte d’Ivoire dispose d’une jeunesse nombreuse qui représente une
formidable réserve d’énergie, de créativité et de compétences. Mais cette
jeunesse attend que la croissance économique se traduise davantage en
perspectives professionnelles concrètes. La bataille de l’emploi ne sera pas
gagnée lorsque des milliers d’opportunités auront été annoncées. Elle le sera
lorsque davantage de jeunes pourront vivre dignement de leur travail,
construire un projet de vie et envisager l’avenir avec confiance. Après le
temps des programmes et des opportunités doit venir celui des résultats. Pour
un jeune, la meilleure politique de l’emploi reste celle qui conduit
effectivement à un métier, à un revenu digne et à une perspective d’avenir.
Noelle Rabe

