CÔTE D’IVOIRE–VIETNAM :ABIDJAN VEUT FAIRE DU PARTENARIAT ASIATIQUE UN NOUVEAU LEVIER DE CROISSANCE
La Côte d’Ivoire accélère la diversification de ses
partenariats économiques et tourne davantage son regard vers l’Asie du Sud-Est.
La visite officielle au Vietnam, du 23 au 26 août 2026, du président de
l’Assemblée nationale ivoirienne, Patrick Achi, illustre cette volonté de
donner une nouvelle profondeur aux relations entre Abidjan et Hanoï. Derrière
la coopération parlementaire se dessine surtout un enjeu économique majeur,
attirer davantage d’entreprises vietnamiennes en Côte d’Ivoire et faire évoluer
une relation commerciale déjà solide vers un véritable partenariat
d’investissement et d’industrialisation.
Le rapprochement intervient à un moment particulièrement
favorable. En 2025, la Côte d’Ivoire est devenue le premier partenaire
commercial africain du Vietnam, avec des échanges avoisinant les deux milliards
de dollars. Les deux pays affichent désormais l’ambition de porter leur
commerce bilatéral entre 3 et 5 milliards de dollars. Mais augmenter les
volumes ne suffira pas. L’enjeu consiste aussi à diversifier des échanges
encore fortement structurés autour de produits traditionnels comme la noix de
cajou brute et le riz, afin d’ouvrir davantage la coopération aux
investissements industriels, technologiques et aux activités créatrices de
valeur.
Les autorités vietnamiennes ont encouragé le développement
des investissements dans plusieurs secteurs stratégiques pour la Côte d’Ivoire,
notamment l’agriculture, l’agro-industrie, les télécommunications, les
hydrocarbures, les mines, la transformation numérique, la cybersécurité, les
infrastructures portuaires et urbaines ainsi que les véhicules électriques.
Patrick Achi a, de son côté, présenté la Côte d’Ivoire comme une possible porte
d’entrée des entreprises vietnamiennes vers l’Afrique de l’Ouest. Une ambition
cohérente avec le positionnement régional d’Abidjan, ses infrastructures
portuaires, son marché intérieur en expansion et son accès à un espace
économique ouest-africain beaucoup plus vaste.
L’intérêt du partenariat dépasse toutefois la seule
recherche de capitaux. Le parcours économique vietnamien constitue une
expérience particulièrement instructive pour les économies africaines. En
quelques décennies, le pays asiatique a considérablement renforcé son industrie
manufacturière, ses exportations et sa capacité à attirer les investissements
internationaux. Pour la Côte d’Ivoire, la question devient stratégique. Comment
passer progressivement d’une économie fortement exportatrice de matières
premières à une économie qui transforme davantage, industrialise sa production
et exporte des biens à plus forte valeur ajoutée ?
C’est notamment dans l’agriculture et l’agro-industrie que
cette coopération pourrait prendre tout son sens. Premier producteur mondial de
cacao et puissance majeure de la noix de cajou, la Côte d’Ivoire cherche depuis
plusieurs années à augmenter la transformation locale de ses productions. Des
partenariats avec des entreprises vietnamiennes pourraient favoriser l’installation
d’unités industrielles, les transferts de technologies, la formation technique
et l’accès à de nouveaux marchés. Cette logique pourrait également s’étendre au
numérique, aux infrastructures, à l’énergie, aux télécommunications et à la
mobilité électrique.
Cette ouverture vers le Vietnam ne signifie pas que la Côte
d’Ivoire tourne le dos à ses partenaires traditionnels. Elle traduit plutôt une
volonté de ne pas dépendre d’un nombre limité de pôles économiques. Dans un
environnement mondial marqué par les tensions commerciales, les rivalités
géopolitiques et la recomposition des chaînes d’approvisionnement, diversifier
les partenariats devient une forme de sécurité économique. Europe, Amérique,
Chine, Moyen-Orient et économies émergentes d’Asie peuvent ainsi constituer des
espaces complémentaires de financement, de transfert technologique et d’accès
aux marchés.
Le véritable test commencera cependant après les rencontres
officielles. Pour attirer durablement les entreprises vietnamiennes, la Côte
d’Ivoire devra continuer à renforcer la sécurité juridique, l’accès au foncier
industriel, l’énergie, les infrastructures logistiques, la qualification de la
main-d’œuvre et la fluidité des procédures administratives. La réussite du
rapprochement ivoiro-vietnamien ne se mesurera donc pas uniquement au nombre
d’accords ou de visites diplomatiques. Elle devra se lire dans les usines
effectivement implantées, les emplois créés, les technologies transférées et
les chaînes de valeur développées sur le territoire ivoirien.
L’ambition peut même aller plus loin. En consolidant sa
position de plateforme régionale, la Côte d’Ivoire peut proposer aux
investisseurs vietnamiens non seulement son marché national, mais également une
base opérationnelle tournée vers l’Afrique de l’Ouest. Dans le sens inverse, le
Vietnam peut offrir aux entreprises ivoiriennes un accès privilégié à l’une des
régions économiques les plus dynamiques du monde. C’est dans cette réciprocité
que la relation entre Abidjan et Hanoï pourrait véritablement changer de
dimension.
Après plus de cinquante années de relations diplomatiques,
une nouvelle étape semble donc se dessiner. La Côte d’Ivoire ne doit pas
seulement chercher à attirer davantage de capitaux. Elle doit privilégier les
investissements capables de transformer durablement son économie. Si le
partenariat avec le Vietnam permet d’accélérer l’industrialisation, la
transformation locale des matières premières, le transfert de technologies et
la création d’emplois qualifiés, l’axe Abidjan-Hanoï pourrait devenir bien plus
qu’un rapprochement diplomatique. Il pourrait s’affirmer comme l’un des
nouveaux corridors économiques reliant la Côte d’Ivoire à l’Asie.
Noëlle Rabe

