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CÔTE D’IVOIRE–VIETNAM :ABIDJAN VEUT FAIRE DU PARTENARIAT ASIATIQUE UN NOUVEAU LEVIER DE CROISSANCE

AfriqueVérité 28 Août 2026 - 13H46 vues
La coopération entre l'Asie et l'Afrique continue d'aller crescendo. A preuve , le Vietnam et la Côte d'Ivoire ouvrent un nouveau chapitre de leurs relations bilaterales.

La Côte d’Ivoire accélère la diversification de ses partenariats économiques et tourne davantage son regard vers l’Asie du Sud-Est. La visite officielle au Vietnam, du 23 au 26 août 2026, du président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Patrick Achi, illustre cette volonté de donner une nouvelle profondeur aux relations entre Abidjan et Hanoï. Derrière la coopération parlementaire se dessine surtout un enjeu économique majeur, attirer davantage d’entreprises vietnamiennes en Côte d’Ivoire et faire évoluer une relation commerciale déjà solide vers un véritable partenariat d’investissement et d’industrialisation.

Le rapprochement intervient à un moment particulièrement favorable. En 2025, la Côte d’Ivoire est devenue le premier partenaire commercial africain du Vietnam, avec des échanges avoisinant les deux milliards de dollars. Les deux pays affichent désormais l’ambition de porter leur commerce bilatéral entre 3 et 5 milliards de dollars. Mais augmenter les volumes ne suffira pas. L’enjeu consiste aussi à diversifier des échanges encore fortement structurés autour de produits traditionnels comme la noix de cajou brute et le riz, afin d’ouvrir davantage la coopération aux investissements industriels, technologiques et aux activités créatrices de valeur.

Les autorités vietnamiennes ont encouragé le développement des investissements dans plusieurs secteurs stratégiques pour la Côte d’Ivoire, notamment l’agriculture, l’agro-industrie, les télécommunications, les hydrocarbures, les mines, la transformation numérique, la cybersécurité, les infrastructures portuaires et urbaines ainsi que les véhicules électriques. Patrick Achi a, de son côté, présenté la Côte d’Ivoire comme une possible porte d’entrée des entreprises vietnamiennes vers l’Afrique de l’Ouest. Une ambition cohérente avec le positionnement régional d’Abidjan, ses infrastructures portuaires, son marché intérieur en expansion et son accès à un espace économique ouest-africain beaucoup plus vaste.

L’intérêt du partenariat dépasse toutefois la seule recherche de capitaux. Le parcours économique vietnamien constitue une expérience particulièrement instructive pour les économies africaines. En quelques décennies, le pays asiatique a considérablement renforcé son industrie manufacturière, ses exportations et sa capacité à attirer les investissements internationaux. Pour la Côte d’Ivoire, la question devient stratégique. Comment passer progressivement d’une économie fortement exportatrice de matières premières à une économie qui transforme davantage, industrialise sa production et exporte des biens à plus forte valeur ajoutée ?

C’est notamment dans l’agriculture et l’agro-industrie que cette coopération pourrait prendre tout son sens. Premier producteur mondial de cacao et puissance majeure de la noix de cajou, la Côte d’Ivoire cherche depuis plusieurs années à augmenter la transformation locale de ses productions. Des partenariats avec des entreprises vietnamiennes pourraient favoriser l’installation d’unités industrielles, les transferts de technologies, la formation technique et l’accès à de nouveaux marchés. Cette logique pourrait également s’étendre au numérique, aux infrastructures, à l’énergie, aux télécommunications et à la mobilité électrique.

Cette ouverture vers le Vietnam ne signifie pas que la Côte d’Ivoire tourne le dos à ses partenaires traditionnels. Elle traduit plutôt une volonté de ne pas dépendre d’un nombre limité de pôles économiques. Dans un environnement mondial marqué par les tensions commerciales, les rivalités géopolitiques et la recomposition des chaînes d’approvisionnement, diversifier les partenariats devient une forme de sécurité économique. Europe, Amérique, Chine, Moyen-Orient et économies émergentes d’Asie peuvent ainsi constituer des espaces complémentaires de financement, de transfert technologique et d’accès aux marchés.

Le véritable test commencera cependant après les rencontres officielles. Pour attirer durablement les entreprises vietnamiennes, la Côte d’Ivoire devra continuer à renforcer la sécurité juridique, l’accès au foncier industriel, l’énergie, les infrastructures logistiques, la qualification de la main-d’œuvre et la fluidité des procédures administratives. La réussite du rapprochement ivoiro-vietnamien ne se mesurera donc pas uniquement au nombre d’accords ou de visites diplomatiques. Elle devra se lire dans les usines effectivement implantées, les emplois créés, les technologies transférées et les chaînes de valeur développées sur le territoire ivoirien.

L’ambition peut même aller plus loin. En consolidant sa position de plateforme régionale, la Côte d’Ivoire peut proposer aux investisseurs vietnamiens non seulement son marché national, mais également une base opérationnelle tournée vers l’Afrique de l’Ouest. Dans le sens inverse, le Vietnam peut offrir aux entreprises ivoiriennes un accès privilégié à l’une des régions économiques les plus dynamiques du monde. C’est dans cette réciprocité que la relation entre Abidjan et Hanoï pourrait véritablement changer de dimension.

Après plus de cinquante années de relations diplomatiques, une nouvelle étape semble donc se dessiner. La Côte d’Ivoire ne doit pas seulement chercher à attirer davantage de capitaux. Elle doit privilégier les investissements capables de transformer durablement son économie. Si le partenariat avec le Vietnam permet d’accélérer l’industrialisation, la transformation locale des matières premières, le transfert de technologies et la création d’emplois qualifiés, l’axe Abidjan-Hanoï pourrait devenir bien plus qu’un rapprochement diplomatique. Il pourrait s’affirmer comme l’un des nouveaux corridors économiques reliant la Côte d’Ivoire à l’Asie.

Noëlle Rabe

 

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