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COUR DES COMPTES : QUAND L’ÉTAT ÉVALUE, L’ÉTAT DOIT AGIR

AfriqueVérité 05 Oct 2026 - 12H36 vues
Le récent rapport de la cour des comptes accable plusieurs ministères.

Un rapport de la Cour des comptes ne devrait jamais finir dans un tiroir. Lorsqu’un État mesure la performance de ses politiques publiques, il doit tirer les conséquences des résultats. La Côte d’Ivoire ne peut installer une culture de la performance sans installer une culture de la responsabilité. Une question s’impose. Quelles suites concrètes donner aux résultats de l’évaluation ? Mesurer sans corriger transformerait la performance en formalité administrative. Chaque franc public engagé doit pouvoir être relié à un résultat.

 

DÉPENSER N’EST PAS PERFORMER

 

La performance publique ne se résume pas au taux d’exécution budgétaire. Dépenser la totalité d’un budget ne signifie pas nécessairement atteindre les objectifs. Pour le citoyen, l’évaluation doit porter sur des réalités concrètes. L’école fonctionne-t-elle mieux ? Les soins sont-ils plus accessibles ? Les démarches sont-elles simplifiées ? Les routes sont-elles entretenues ? Les jeunes disposent-ils davantage de possibilités ? La bonne dépense publique n’est pas celle qui est simplement exécutée. C’est celle qui produit un résultat utile. À Abidjan comme à Daloa, Bouaké, Korhogo, Man, San Pedro, Bondoukou et dans les zones rurales, cette efficacité doit être perceptible.

 

LE REMANIEMENT NE PEUT ÊTRE L’UNIQUE RÉPONSE

 

Après une évaluation de performance, l’hypothèse d’un remaniement peut naturellement surgir. Mais changer un ministre ne corrige pas automatiquement un système, pas plus que maintenir les mêmes méthodes malgré des insuffisances répétées. La responsabilité doit reposer sur des résultats vérifiables, des causes identifiées et des corrections mesurables. Trois pistes peuvent renforcer cette logique.

 

PREMIÈRE PISTE, DES CONTRATS DE PERFORMANCE

 

Chaque ministère devrait disposer de quelques objectifs prioritaires, précis et mesurables. Il s’agit de déterminer les résultats attendus, les moyens mobilisés, les délais retenus et les populations bénéficiaires. Une synthèse accessible permettrait de confronter les engagements aux résultats. Un ministre doit savoir sur quoi son action sera évaluée. Le citoyen doit pouvoir savoir sur quoi son ministre sera jugé.

 

DEUXIÈME PISTE, UN DÉLAI POUR CORRIGER

 

Une recommandation importante de la Cour des comptes ne devrait pas rester sans suite. Le département concerné devrait présenter un plan correctif assorti d’un calendrier. Quelques mois plus tard, une question devrait s’imposer. Quels progrès ont été accomplis depuis la publication du rapport ? Les progrès doivent être reconnus, les difficultés expliquées et les insuffisances persistantes conduire à l’examen des responsabilités.

 

TROISIÈME PISTE, UN TABLEAU DE BORD PUBLIC

 

Un tableau de bord périodique pourrait présenter les objectifs essentiels, les moyens engagés, les résultats obtenus et les recommandations restant à appliquer. Il ne s’agit pas d’organiser un concours entre ministres, mais de permettre au citoyen de suivre l’utilisation de l’argent public. La transparence ne consiste pas seulement à publier. Elle consiste à rendre l’information compréhensible.

 

APRÈS LE RAPPORT, AUX AUTORITÉS D’AGIR

 

Le Gouvernement devrait rendre visibles les principales mesures correctives décidées à la suite des observations de la Cour des comptes. Les ministères concernés devraient préciser les actions engagées, les délais retenus et les résultats attendus.

La représentation nationale, dans le cadre de ses prérogatives, peut contribuer au suivi de l’utilisation des ressources publiques. Les résultats des corrections devraient ensuite être accessibles aux citoyens.

Des objectifs avant l’action. Des corrections après l’évaluation. Des conséquences lorsque les insuffisances persistent.

Un éventuel remaniement peut s’inscrire dans cette logique lorsque les faits et les responsabilités le justifient. Mais l’enjeu dépasse les personnes. Il s’agit de faire de l’évaluation un véritable instrument de décision publique.

Aucun constat sans suite. Aucun engagement sans contrôle. Aucune responsabilité sans faits. Au bout de la chaîne budgétaire, il ne reste ni tableaux ni statistiques. Il reste le citoyen. Et c’est dans sa vie quotidienne que se mesure, finalement, la performance de l’État.


Noelle Rabe

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