COUR DES COMPTES : QUAND L’ÉTAT ÉVALUE, L’ÉTAT DOIT AGIR
Un rapport de la Cour des comptes ne devrait jamais finir
dans un tiroir. Lorsqu’un État mesure la performance de ses politiques
publiques, il doit tirer les conséquences des résultats. La Côte d’Ivoire ne
peut installer une culture de la performance sans installer une culture de la
responsabilité. Une question s’impose. Quelles suites concrètes donner aux
résultats de l’évaluation ? Mesurer sans corriger transformerait la performance
en formalité administrative. Chaque franc public engagé doit pouvoir être relié
à un résultat.
DÉPENSER N’EST PAS PERFORMER
La performance publique ne se résume pas au taux d’exécution
budgétaire. Dépenser la totalité d’un budget ne signifie pas nécessairement
atteindre les objectifs. Pour le citoyen, l’évaluation doit porter sur des
réalités concrètes. L’école fonctionne-t-elle mieux ? Les soins sont-ils plus
accessibles ? Les démarches sont-elles simplifiées ? Les routes sont-elles
entretenues ? Les jeunes disposent-ils davantage de possibilités ? La bonne
dépense publique n’est pas celle qui est simplement exécutée. C’est celle qui
produit un résultat utile. À Abidjan comme à Daloa, Bouaké, Korhogo, Man, San
Pedro, Bondoukou et dans les zones rurales, cette efficacité doit être
perceptible.
LE REMANIEMENT NE PEUT ÊTRE L’UNIQUE RÉPONSE
Après une évaluation de performance, l’hypothèse d’un
remaniement peut naturellement surgir. Mais changer un ministre ne corrige pas
automatiquement un système, pas plus que maintenir les mêmes méthodes malgré
des insuffisances répétées. La responsabilité doit reposer sur des résultats
vérifiables, des causes identifiées et des corrections mesurables. Trois pistes
peuvent renforcer cette logique.
PREMIÈRE PISTE, DES CONTRATS DE PERFORMANCE
Chaque ministère devrait disposer de quelques objectifs
prioritaires, précis et mesurables. Il s’agit de déterminer les résultats
attendus, les moyens mobilisés, les délais retenus et les populations
bénéficiaires. Une synthèse accessible permettrait de confronter les
engagements aux résultats. Un ministre doit savoir sur quoi son action sera
évaluée. Le citoyen doit pouvoir savoir sur quoi son ministre sera jugé.
DEUXIÈME PISTE, UN DÉLAI POUR CORRIGER
Une recommandation importante de la Cour des comptes ne
devrait pas rester sans suite. Le département concerné devrait présenter un
plan correctif assorti d’un calendrier. Quelques mois plus tard, une question
devrait s’imposer. Quels progrès ont été accomplis depuis la publication du
rapport ? Les progrès doivent être reconnus, les difficultés expliquées et les
insuffisances persistantes conduire à l’examen des responsabilités.
TROISIÈME PISTE, UN TABLEAU DE BORD PUBLIC
Un tableau de bord périodique pourrait présenter les
objectifs essentiels, les moyens engagés, les résultats obtenus et les recommandations
restant à appliquer. Il ne s’agit pas d’organiser un concours entre ministres,
mais de permettre au citoyen de suivre l’utilisation de l’argent public. La
transparence ne consiste pas seulement à publier. Elle consiste à rendre
l’information compréhensible.
APRÈS LE RAPPORT, AUX AUTORITÉS D’AGIR
Le Gouvernement devrait rendre visibles les principales
mesures correctives décidées à la suite des observations de la Cour des
comptes. Les ministères concernés devraient préciser les actions engagées, les
délais retenus et les résultats attendus.
La représentation nationale, dans le cadre de ses
prérogatives, peut contribuer au suivi de l’utilisation des ressources
publiques. Les résultats des corrections devraient ensuite être accessibles aux
citoyens.
Des objectifs avant l’action. Des corrections après
l’évaluation. Des conséquences lorsque les insuffisances persistent.
Un éventuel remaniement peut s’inscrire dans cette logique
lorsque les faits et les responsabilités le justifient. Mais l’enjeu dépasse
les personnes. Il s’agit de faire de l’évaluation un véritable instrument de
décision publique.
Aucun constat sans suite. Aucun engagement sans contrôle. Aucune responsabilité sans faits. Au bout de la chaîne budgétaire, il ne reste ni tableaux ni statistiques. Il reste le citoyen. Et c’est dans sa vie quotidienne que se mesure, finalement, la performance de l’État.

