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CÔTE D’IVOIRE–UNION EUROPÉENNE :1 074 PRODUITS EXONÉRÉS, LES GAINS ET LES RISQUES POUR L’ÉCONOMIE IVOIRIENNE

AfriqueVérité 31 Août 2026 - 13H14 vues
L'Union Européenne et la Côte d'Ivoire entretiennent des relations commerciales depuis de très logue date.

Depuis le 1er janvier 2026, les relations commerciales entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne ont franchi une nouvelle étape. La quatrième phase du démantèlement tarifaire prévue par l’Accord de partenariat économique concerne 1 074 lignes tarifaires. Les produits européens concernés bénéficient désormais d’une exonération des droits de douane à leur entrée sur le marché ivoirien. Derrière cette évolution technique se joue une question économique beaucoup plus importante : la Côte d’Ivoire saura-t-elle transformer cette ouverture commerciale en instrument de compétitivité et d’industrialisation ?

Pour les entreprises et les consommateurs, l’ouverture peut présenter plusieurs avantages. La diminution des barrières douanières peut réduire le coût d’importation de certains équipements, machines, intrants et produits européens. Pour une entreprise ivoirienne utilisant ces équipements dans son processus de production, l’allègement tarifaire peut contribuer à réduire les investissements nécessaires et améliorer sa compétitivité. Encore faut-il que les économies réalisées à l’importation soient effectivement répercutées sur les entreprises utilisatrices et, lorsque cela est possible, sur les prix payés par les consommateurs.

Mais toute ouverture commerciale comporte son revers. Les entreprises ivoiriennes produisant des biens concurrencés par les importations européennes devront évoluer dans un environnement progressivement plus exigeant. Productivité, qualité, innovation, capacité de production et maîtrise des coûts deviennent déterminantes. Une ouverture commerciale peut accélérer la modernisation d’une économie, mais elle peut également fragiliser les entreprises insuffisamment préparées à affronter une concurrence plus forte.

Le véritable défi se situe donc du côté de l’industrialisation. La Côte d’Ivoire ne peut durablement exporter principalement ses matières premières pour importer ensuite des produits à plus forte valeur ajoutée. Cacao, anacarde, caoutchouc, coton et autres productions doivent être davantage transformés localement. L’objectif doit être de construire une économie capable non seulement de consommer les produits venus d’Europe, mais également de produire, transformer et exporter davantage vers ce marché.

La question concerne également les finances publiques. La suppression progressive de certains droits de douane modifie nécessairement la structure des recettes associées aux importations concernées. L’enjeu pour l’État consiste alors à compenser progressivement cette évolution par l’élargissement de l’activité économique, la formalisation des entreprises, l’amélioration du recouvrement fiscal et surtout la création de davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Une économie qui produit plus, transforme davantage et crée plus d’emplois dispose naturellement d’une base fiscale plus large.

 

Mais demander aux entreprises ivoiriennes d’être compétitives suppose aussi de leur offrir un environnement adapté. Coût de l’électricité, financement des PME, transport, logistique portuaire, accès au foncier industriel, formation professionnelle, innovation et efficacité administrative pèseront directement sur leur capacité à rivaliser. Une PME ivoirienne ne peut affronter durablement une entreprise européenne beaucoup plus capitalisée si elle supporte parallèlement des coûts de financement élevés et des difficultés d’accès aux équipements ou aux infrastructures.

Cette quatrième phase du démantèlement tarifaire doit donc être considérée comme un signal. Le calendrier d’ouverture est connu et doit devenir un calendrier de préparation de l’économie nationale. Chaque nouvelle étape devrait correspondre à une montée en puissance de l’industrie ivoirienne, à un renforcement des PME et à une politique plus offensive de transformation locale.

La véritable question n’est finalement pas de déterminer si l’ouverture commerciale est bonne ou mauvaise. Elle est de savoir qui sera suffisamment préparé pour en tirer profit. Les importateurs peuvent bénéficier de nouvelles opportunités, certaines entreprises réduire leurs coûts d’équipement et les consommateurs profiter d’une concurrence accrue. Mais la Côte d’Ivoire doit simultanément développer une capacité productive suffisamment forte pour que cette ouverture fonctionne dans les deux sens.

À terme, le succès de l’accord ne devra donc pas seulement se mesurer au nombre de lignes tarifaires libéralisées. Il faudra regarder combien d’entreprises ivoiriennes auront grandi, combien d’emplois industriels auront été créés, quelle proportion supplémentaire des matières premières sera transformée localement et quelle place les produits ivoiriens auront conquise sur le marché européen. Ouvrir son marché peut créer des opportunités. Mais la véritable victoire économique consiste à produire suffisamment, à transformer davantage et à devenir compétitif au point de conquérir le marché des autres.

Noëlle Rabe 

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