Nouvel organe électoral : Quel voix de l’opposition sans celle du Pdci ?
La réforme de la gouvernance électorale ivoirienne devait
être l’occasion de reconstruire la confiance. Elle risque désormais de devenir
le révélateur des contradictions d’une opposition qui réclame l’unité face au
pouvoir, tout en éprouvant des difficultés à réaliser cette unité dans ses
propres rangs. Ce mardi 1er septembre 2026, plusieurs formations et
personnalités politiques de l’opposition se sont retrouvées à Abidjan afin de
rapprocher leurs positions sur le futur dispositif électoral. L’objectif affiché
est ambitieux, parvenir à une proposition commune et parler d’une seule voix
sur une question essentielle pour l’avenir démocratique du pays.
Sur le principe, la démarche est légitime. Une démocratie
solide a besoin de règles électorales suffisamment crédibles pour inspirer
confiance aux acteurs politiques comme aux citoyens. Mais une question s’impose
immédiatement. Peut-on véritablement prétendre parler au nom de l’opposition
lorsque le PDCI-RDA, l’une de ses principales forces, n’est pas autour de la
table ? Cette absence ne doit être ni exagérée ni interprétée prématurément
comme une rupture. Elle révèle cependant une réalité politique plus profonde.
L’opposition ivoirienne peut partager certaines revendications sans pour autant
disposer d’une stratégie, d’un leadership ou d’une vision institutionnelle
parfaitement communs.
Le gouvernement a, de son côté, engagé une transformation du
système de gestion des élections. Cette nouvelle architecture ouvre
nécessairement un débat national. L’opposition est donc parfaitement dans son
rôle lorsqu’elle réclame davantage de garanties, de transparence,
d’indépendance et de consensus. Mais encore faudrait-il qu’elle puisse répondre
à une interrogation élémentaire. Quelle est exactement sa proposition commune ?
Voilà tout le paradoxe. On demande au pouvoir de construire
le consensus, mais le consensus reste difficile à construire dans l’opposition
elle-même. On réclame une architecture électorale consensuelle, mais les
principales forces concernées ne parviennent pas encore à se retrouver
durablement autour de la même table. On appelle à parler d’une seule voix,
alors que plusieurs voix et plusieurs stratégies continuent de coexister.
Derrière le débat institutionnel surgit alors une autre
question, beaucoup plus politique. Qui conduira demain l’opposition ivoirienne
? Laurent Gbagbo demeure une personnalité centrale de la vie politique
nationale. Tidjane Thiam dirige le PDCI-RDA. Simone Ehivet Gbagbo poursuit sa
propre trajectoire. Pascal Affi N’Guessan conserve son espace politique.
Charles Blé Goudé développe également son positionnement. D’autres responsables
cherchent à incarner une alternative. Derrière la bataille pour la réforme
électorale pourrait donc progressivement apparaître une autre compétition, celle
du leadership de l’opposition.
Il faut alors poser la question. La réforme électorale
sert-elle uniquement à bâtir de meilleures institutions ou devient-elle aussi
le terrain sur lequel chaque force politique cherche à démontrer sa capacité à
rassembler ? L’absence du PDCI-RDA à cette rencontre prend, dans ces
conditions, une portée particulière. Elle ne condamne aucun rapprochement
futur. Elle montre simplement que l’unité proclamée n’est pas encore
nécessairement l’unité politique. Une véritable coalition ne se mesure pas
seulement aux communiqués communs ou aux circonstances qui rapprochent. Elle se
mesure à la capacité de définir une stratégie partagée lorsque surgissent les
grandes questions de pouvoir.
La Côte d’Ivoire mérite pourtant que la réforme électorale
dépasse les calculs partisans. Après plusieurs décennies durant lesquelles les
élections ont régulièrement constitué des moments de crispation politique,
majorité et opposition disposent d’une occasion de construire des institutions
suffisamment solides pour survivre aux hommes, aux partis et aux alternances.
Le pouvoir doit comprendre que la confiance ne se décrète pas. Elle se
construit par des règles compréhensibles, transparentes et applicables à tous.
Mais l’opposition doit également comprendre que contester ne suffit plus. Elle
doit proposer un système précis, juridiquement viable, techniquement applicable
et susceptible d’obtenir une adhésion dépassant ses propres rangs.
Personne ne devrait
chercher à fabriquer un système électoral correspondant à ses intérêts du
moment. Une bonne institution électorale n’est pas celle qui garantit la
victoire d’un camp. C’est celle dont les règles peuvent être acceptées avant le
scrutin et respectées après les résultats, aussi bien par le vainqueur que par
le vaincu. La bataille qui commence dépasse donc largement la réforme d’un
organe électoral. Elle concerne la maturité de l’ensemble de la classe
politique ivoirienne.
Le gouvernement sera jugé sur sa capacité à conduire une
réforme crédible, transparente et inclusive. L’opposition sera, elle aussi,
jugée sur sa capacité à dépasser les querelles de personnes, les ambitions
concurrentes et les alliances de circonstance pour construire une véritable
alternative politique. Car avant de demander aux Ivoiriens de croire à une
opposition parlant d’une seule voix, encore faut-il démontrer que ses
principales composantes peuvent s’asseoir autour de la même table. Et dans le
débat politique qui s’ouvre, la chaise vide du PDCI pourrait finalement poser
davantage de questions que tous les discours sur l’unité de l’opposition.
Noëlle Rabe

