+225 22 46 61 10

info@afriqueverite.net

Nouvel organe électoral : Quel voix de l’opposition sans celle du Pdci ?

AfriqueVérité 03 Sep 2026 - 15H52 vues
l'opposition ivoirienne veut peser fort dans la balance lors de la mise sur pied du nouvel organe électoral

La réforme de la gouvernance électorale ivoirienne devait être l’occasion de reconstruire la confiance. Elle risque désormais de devenir le révélateur des contradictions d’une opposition qui réclame l’unité face au pouvoir, tout en éprouvant des difficultés à réaliser cette unité dans ses propres rangs. Ce mardi 1er septembre 2026, plusieurs formations et personnalités politiques de l’opposition se sont retrouvées à Abidjan afin de rapprocher leurs positions sur le futur dispositif électoral. L’objectif affiché est ambitieux, parvenir à une proposition commune et parler d’une seule voix sur une question essentielle pour l’avenir démocratique du pays.

Sur le principe, la démarche est légitime. Une démocratie solide a besoin de règles électorales suffisamment crédibles pour inspirer confiance aux acteurs politiques comme aux citoyens. Mais une question s’impose immédiatement. Peut-on véritablement prétendre parler au nom de l’opposition lorsque le PDCI-RDA, l’une de ses principales forces, n’est pas autour de la table ? Cette absence ne doit être ni exagérée ni interprétée prématurément comme une rupture. Elle révèle cependant une réalité politique plus profonde. L’opposition ivoirienne peut partager certaines revendications sans pour autant disposer d’une stratégie, d’un leadership ou d’une vision institutionnelle parfaitement communs.

Le gouvernement a, de son côté, engagé une transformation du système de gestion des élections. Cette nouvelle architecture ouvre nécessairement un débat national. L’opposition est donc parfaitement dans son rôle lorsqu’elle réclame davantage de garanties, de transparence, d’indépendance et de consensus. Mais encore faudrait-il qu’elle puisse répondre à une interrogation élémentaire. Quelle est exactement sa proposition commune ?

Voilà tout le paradoxe. On demande au pouvoir de construire le consensus, mais le consensus reste difficile à construire dans l’opposition elle-même. On réclame une architecture électorale consensuelle, mais les principales forces concernées ne parviennent pas encore à se retrouver durablement autour de la même table. On appelle à parler d’une seule voix, alors que plusieurs voix et plusieurs stratégies continuent de coexister.

 

Derrière le débat institutionnel surgit alors une autre question, beaucoup plus politique. Qui conduira demain l’opposition ivoirienne ? Laurent Gbagbo demeure une personnalité centrale de la vie politique nationale. Tidjane Thiam dirige le PDCI-RDA. Simone Ehivet Gbagbo poursuit sa propre trajectoire. Pascal Affi N’Guessan conserve son espace politique. Charles Blé Goudé développe également son positionnement. D’autres responsables cherchent à incarner une alternative. Derrière la bataille pour la réforme électorale pourrait donc progressivement apparaître une autre compétition, celle du leadership de l’opposition.

Il faut alors poser la question. La réforme électorale sert-elle uniquement à bâtir de meilleures institutions ou devient-elle aussi le terrain sur lequel chaque force politique cherche à démontrer sa capacité à rassembler ? L’absence du PDCI-RDA à cette rencontre prend, dans ces conditions, une portée particulière. Elle ne condamne aucun rapprochement futur. Elle montre simplement que l’unité proclamée n’est pas encore nécessairement l’unité politique. Une véritable coalition ne se mesure pas seulement aux communiqués communs ou aux circonstances qui rapprochent. Elle se mesure à la capacité de définir une stratégie partagée lorsque surgissent les grandes questions de pouvoir.

La Côte d’Ivoire mérite pourtant que la réforme électorale dépasse les calculs partisans. Après plusieurs décennies durant lesquelles les élections ont régulièrement constitué des moments de crispation politique, majorité et opposition disposent d’une occasion de construire des institutions suffisamment solides pour survivre aux hommes, aux partis et aux alternances. Le pouvoir doit comprendre que la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par des règles compréhensibles, transparentes et applicables à tous. Mais l’opposition doit également comprendre que contester ne suffit plus. Elle doit proposer un système précis, juridiquement viable, techniquement applicable et susceptible d’obtenir une adhésion dépassant ses propres rangs.

Personne  ne devrait chercher à fabriquer un système électoral correspondant à ses intérêts du moment. Une bonne institution électorale n’est pas celle qui garantit la victoire d’un camp. C’est celle dont les règles peuvent être acceptées avant le scrutin et respectées après les résultats, aussi bien par le vainqueur que par le vaincu. La bataille qui commence dépasse donc largement la réforme d’un organe électoral. Elle concerne la maturité de l’ensemble de la classe politique ivoirienne.

Le gouvernement sera jugé sur sa capacité à conduire une réforme crédible, transparente et inclusive. L’opposition sera, elle aussi, jugée sur sa capacité à dépasser les querelles de personnes, les ambitions concurrentes et les alliances de circonstance pour construire une véritable alternative politique. Car avant de demander aux Ivoiriens de croire à une opposition parlant d’une seule voix, encore faut-il démontrer que ses principales composantes peuvent s’asseoir autour de la même table. Et dans le débat politique qui s’ouvre, la chaise vide du PDCI pourrait finalement poser davantage de questions que tous les discours sur l’unité de l’opposition.

Noëlle Rabe 

Autres acticles