Immigration clandestine : L’Afrique encore sous les feux de la rampe
La pression migratoire à Ceuta remet au premier plan l’une
des questions les plus sensibles entre l’Afrique et l’Europe. Face aux arrivées
de migrants dans cette enclave espagnole située sur le territoire
nord-africain, les autorités renforcent les dispositifs de contrôle et de
retour. Derrière les images de frontières, de clôtures et d’interventions
sécuritaires se cache pourtant une réalité beaucoup plus profonde, celle de
milliers de personnes prêtes à prendre des risques considérables dans l’espoir
de rejoindre l’Europe.
Ceuta constitue depuis longtemps l’un des points de passage
les plus symboliques entre les deux continents. Avec Melilla, l’enclave
matérialise sur quelques kilomètres les profondes disparités économiques,
sociales et démographiques qui alimentent les mouvements migratoires. Chaque
nouvelle tentative de franchissement rappelle que les politiques de contrôle
peuvent contenir temporairement les flux sans faire disparaître les causes qui
les provoquent.
Pour l’Afrique, la question essentielle se trouve en amont.
Pourquoi tant de jeunes considèrent-ils encore le départ comme une solution à
leur avenir ? Le chômage, le sous-emploi, la précarité, les conflits, les
crises politiques, les effets du changement climatique et l’absence de
perspectives dans certaines régions nourrissent les départs. À ces difficultés
s’ajoute parfois l’image d’une Europe présentée, notamment par les réseaux
sociaux et certains récits de la diaspora, comme un espace où la réussite
serait plus accessible.
Cette perception nourrit des parcours extrêmement dangereux.
Avant même d’atteindre les frontières européennes, certains migrants traversent
plusieurs pays et affrontent le désert, les réseaux de passeurs, les violences,
l’exploitation et la clandestinité. La Méditerranée et les routes terrestres
qui y conduisent restent ainsi le théâtre de drames humains récurrents.
La responsabilité des États africains ne peut être éludée.
La réponse durable à la migration irrégulière passe par la création d’emplois,
la formation professionnelle, l’industrialisation, le développement des
territoires et l’amélioration de la gouvernance. Une jeunesse qui peut étudier,
entreprendre, travailler dignement et envisager son avenir dans son propre pays
sera naturellement moins tentée de confier son destin aux réseaux clandestins.
L’Europe fait, elle aussi, face à ses propres
contradictions. Elle cherche à renforcer le contrôle de ses frontières tout en
ayant besoin, dans plusieurs secteurs, d’une immigration de travail. Cette
situation impose une réflexion plus ambitieuse sur les voies régulières de
mobilité, les partenariats économiques, la formation et la coopération entre
pays d’origine, de transit et de destination.
Ceuta ne doit donc pas être regardée uniquement comme une
frontière espagnole à protéger ou comme une porte européenne que des migrants
cherchent à franchir. Elle constitue également un miroir tendu à l’Afrique.
Tant que des jeunes estimeront qu’ils ont davantage d’avenir en risquant leur
vie sur les routes migratoires qu’en restant chez eux, les barrières, les
patrouilles et les politiques de retour ne régleront qu’une partie du problème.
Le véritable défi est de faire du continent africain un
espace où partir demeure un choix et non une nécessité. La bataille contre la
migration irrégulière se gagnera certes aux frontières, mais surtout dans les
écoles, les universités, les entreprises, les exploitations agricoles et à
travers des politiques capables de créer des perspectives et de redonner
confiance à la jeunesse.
Noelle Rabe

