JUSTICE : 501 AGENTS D’AFFAIRES INTERDITS D’EXERCICE
Le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme vient de
prendre une décision d’une ampleur exceptionnelle dans l’encadrement des
professions intervenant autour de la justice. Par un arrêté signé le 26 août
2026 à Abidjan, le garde des Sceaux Jean Sansan Kambilé a interdit l’exercice
de l’activité d’agent d’affaires judiciaire à 501 personnes et cabinets. La
mesure est motivée par le non-respect de leurs obligations et concerne des
professionnels dont les autorisations avaient été délivrées à différentes
périodes.
La portée de la décision dépasse une simple mise à jour
administrative. L’arrêté interdit aux personnes et structures concernées de
poursuivre leur activité et rapporte les actes administratifs qui leur avaient
accordé l’autorisation d’exercer. Le signal envoyé est donc particulièrement
fort. L’État entend renforcer le contrôle d’une profession située au contact
des citoyens, des entreprises et de certaines procédures juridiques et
administratives.
Cette décision intervient dans un contexte de renforcement
de l’encadrement des agents d’affaires judiciaires. La réglementation impose à
ces professionnels un ensemble d’obligations destinées notamment à sécuriser
leur activité et à protéger les intérêts des personnes qui leur confient des
dossiers. Le contrôle du respect de ces exigences devient ainsi un élément
central de la crédibilité du secteur.
L’affaire doit cependant être traitée avec précision. Une
interdiction pour non-respect d’obligations professionnelles ne signifie pas
que les 501 personnes et cabinets concernés auraient commis des infractions
pénales, des détournements ou des escroqueries. Une sanction administrative ne
peut être assimilée automatiquement à une condamnation judiciaire. Mais
l’ampleur de la mesure soulève nécessairement des interrogations sur le
fonctionnement du secteur et l’efficacité des contrôles.
Derrière ces 501 interdictions peuvent également se trouver
de nombreux citoyens ayant confié des démarches ou des dossiers à ces
professionnels. Plusieurs questions deviennent alors essentielles. Quelles
obligations précises n’ont pas été respectées ? Les manquements sont-ils
identiques pour tous ? Que deviennent les dossiers éventuellement en cours ?
Comment les clients peuvent-ils vérifier que leur interlocuteur reste légalement
autorisé à exercer ? Et quelles dispositions sont prévues pour protéger les
intérêts des usagers concernés ?
La protection du justiciable constitue le cœur du dossier.
Beaucoup de citoyens ne maîtrisent pas toujours les différences entre avocat, commissaire
de justice, notaire, mandataire ou agent d’affaires judiciaire. Dans cet
environnement, l’accès à une information claire sur les professionnels
habilités devient indispensable. Un citoyen devrait pouvoir vérifier facilement
l’identité, l’autorisation et le statut du professionnel auquel il envisage de
confier ses intérêts.
L’enjeu est désormais de transformer cette décision
spectaculaire en assainissement durable. Interdire 501 professionnels constitue
une mesure forte, mais empêcher l’exercice clandestin ou irrégulier après
l’interdiction sera tout aussi déterminant. Des contrôles réguliers, une liste
publique actualisée des professionnels autorisés et une meilleure information
des citoyens pourraient renforcer considérablement la portée de l’opération.
Cette affaire pose aussi une question de transparence.
Lorsqu’une décision concerne simultanément plusieurs centaines de
professionnels, l’opinion publique peut légitimement souhaiter connaître les
principales catégories de manquements ayant conduit à une mesure d’une telle
ampleur, tout en respectant les droits individuels des personnes concernées.
Une communication pédagogique contribuerait à éviter les amalgames et à
renforcer la confiance dans le dispositif de contrôle.
Avec ces 501 interdictions d’exercice, le ministère de la
Justice envoie donc un avertissement majeur à l’ensemble du secteur. Mais le
véritable bilan ne se mesurera pas uniquement au nombre de professionnels
écartés. Il dépendra surtout de la capacité des autorités à renforcer les
contrôles, sécuriser les dossiers en cours, informer les justiciables et
empêcher que des personnes privées d’autorisation continuent à exercer.
Car assainir l’environnement judiciaire ne consiste pas
seulement à sanctionner. Il faut construire un système dans lequel chaque
citoyen peut savoir à qui il confie ses intérêts, vérifier son habilitation et
disposer de recours lorsque ses droits sont menacés. Les 501 interdictions du
26 août 2026 pourraient ainsi constituer non pas l’aboutissement d’une opération
de contrôle, mais le point de départ d’un assainissement beaucoup plus profond
du secteur.
Noelle Rabe

