Après la dissolution de la Commission Electorale Indépendante (Cei), il est à espérer que la démocratie soit de mise
La dissolution de la Commission électorale indépendante n’a
pas refermé le débat électoral ivoirien. Elle en ouvre un autre, probablement
plus déterminant. Une fois l’ancienne architecture remise en cause, une
question s’impose désormais à toute la classe politique. Quelle institution
construire pour que les prochaines élections se déroulent dans un climat de
confiance et que leurs résultats soient acceptés aussi bien par les vainqueurs
que par les vaincus ?
Pendant des années, la CEI a cristallisé une grande partie
des controverses autour des élections. Sa composition, la représentation des
sensibilités politiques, son indépendance, la gestion du fichier électoral et
ses rapports avec les différents acteurs ont régulièrement alimenté les
contestations. Sa disparition ne peut donc constituer une fin en soi. Le
véritable enjeu réside dans ce qui viendra après. La Côte d’Ivoire dispose
aujourd’hui d’une occasion rare de repenser profondément son système électoral,
au-delà d’un simple changement d’appellation ou d’une redistribution des
sièges.
C’est sur ce terrain que majorité, opposition et société
civile seront attendues. Les concertations engagées entre plusieurs formations
de l’opposition montrent que le débat se déplace progressivement vers le
contenu de la future architecture électorale. L’opposition devra dépasser les
revendications générales pour proposer un modèle crédible, tandis que le
pouvoir devra démontrer que la réforme ne consiste pas à reconstruire sous une
autre forme le système abandonné.
Les questions essentielles sont déjà posées. Qui désignera
les responsables du futur organe électoral ? Quelle place sera accordée aux
partis politiques, aux personnalités indépendantes et à la société civile ?
Comment garantir son autonomie administrative et financière ? Qui contrôlera
effectivement le fichier électoral ? Comment assurer la transparence depuis
l’enrôlement jusqu’à la proclamation des résultats ? Quels mécanismes
permettront aux candidats et aux citoyens de vérifier les différentes étapes du
processus ?
Derrière ces interrogations institutionnelles se joue
surtout la question de la confiance. Une démocratie solide ne repose pas
uniquement sur l’organisation régulière d’élections. Elle suppose que les
règles soient connues à l’avance, comprises, appliquées à tous et suffisamment
transparentes pour qu’aucun camp ne puisse soupçonner l’arbitre d’être au service
de son adversaire. L’histoire politique récente de la Côte d’Ivoire rappelle
également qu’une contestation électorale peut rapidement dépasser les
institutions et fragiliser la cohésion nationale. Prévenir les crises demeure
toujours préférable à devoir les résoudre après leur déclenchement.
Le débat ne devrait donc pas devenir un simple affrontement
entre le RHDP et l’opposition. L’élection appartient d’abord aux citoyens.
Juristes, universitaires, spécialistes des questions électorales et
organisations de la société civile devraient pouvoir contribuer à la
construction du nouveau dispositif. Plus le processus sera inclusif,
transparent et intelligible, plus la future institution pourra bénéficier d’une
légitimité durable.
Le calendrier constituera également un test majeur. Une
réforme électorale profonde doit intervenir suffisamment tôt pour permettre aux
acteurs de s’approprier les nouvelles règles, former les agents électoraux,
informer les populations et corriger les éventuelles insuffisances avant les
prochaines grandes échéances. Modifier les règles trop près d’un scrutin
risquerait au contraire d’alimenter les soupçons que la réforme est précisément
censée dissiper.
La Côte d’Ivoire se trouve ainsi devant un choix. Faire de
l’après-CEI une simple réorganisation administrative ou en faire le point de
départ d’un nouveau consensus démocratique. La différence dépendra moins du nom
donné à la prochaine institution que de son indépendance, de la transparence de
son fonctionnement et de la confiance qu’elle inspirera aux citoyens et aux
acteurs politiques.
Après la CEI, le véritable combat commence donc maintenant.
Il ne devrait être ni celui du pouvoir contre l’opposition ni celui d’un camp
cherchant à prendre l’avantage sur l’autre. L’objectif devrait être de
construire une règle électorale suffisamment solide pour qu’au soir d’une
élection, la Côte d’Ivoire puisse débattre du choix des citoyens plutôt que de
la crédibilité de l’arbitre.