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Côte d’Ivoire, géant du cacao mais encore trop petit dans le chocolat

AfriqueVérité 03 Sep 2026 - 20H23 vues
La Côte d'Ivoire, quoique premier pays producteur de cacao n'arrive toujours pas à assurer la transformation locale

Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire dispose d’une puissance agricole exceptionnelle. Pourtant, une part importante de la valeur ajoutée générée par le chocolat continue de se construire hors de ses frontières. À l’occasion des Journées nationales du cacao et du chocolat, la question de la transformation locale revient ainsi au cœur du débat économique.

Depuis plusieurs décennies, le cacao constitue l’un des piliers de l’économie ivoirienne et fait vivre directement ou indirectement des centaines de milliers de familles. Mais derrière cette réussite demeure un paradoxe. Le pays produit massivement la matière première tandis que certaines des étapes les plus rémunératrices de la chaîne de valeur, notamment la fabrication de produits finis, les marques, le marketing et la distribution internationale, restent largement réalisées à l’extérieur.

La Côte d’Ivoire a néanmoins considérablement développé ses capacités de broyage et de première transformation, notamment à Abidjan et San Pedro. Une partie importante des fèves est désormais transformée en masse, beurre, poudre ou autres produits semi-finis. C’est une avancée industrielle majeure, mais transformer davantage de fèves ne signifie pas encore maîtriser l’ensemble de l’économie du chocolat. Le prochain défi consiste à aller plus loin vers les produits finis à forte valeur ajoutée.

Cette nouvelle étape pourrait reposer sur l’émergence de PME ivoiriennes capables de produire chocolats, boissons chocolatées, biscuits, pâtes à tartiner, produits cosmétiques et autres dérivés du cacao. Pour réussir, ces entreprises doivent bénéficier d’un environnement favorable associant financement, équipements industriels, recherche, certification, formation, accès aux marchés et réseaux de distribution. L’ambition devrait être de faire progressivement émerger de véritables champions nationaux de l’industrie cacaoyère.

La bataille est également celle des marques. La Côte d’Ivoire pourrait construire autour du cacao une identité commerciale aussi forte que sa réputation de producteur. Un véritable « chocolat ivoirien », identifiable par son origine, sa qualité, son savoir-faire et son histoire, pourrait conquérir d’abord le marché national et régional avant de viser davantage les marchés internationaux. Produire la fève ne suffit plus, il faut transformer, conditionner, commercialiser et conserver une plus grande partie de la valeur sur le territoire national.

Cette industrialisation constitue aussi une formidable opportunité pour l’emploi des jeunes. Autour du cacao peuvent se développer des métiers dans l’agro-industrie, la maintenance, la recherche, l’emballage, le design, la logistique, le numérique, le marketing et le commerce international. Chaque nouvelle étape de transformation réalisée en Côte d’Ivoire peut devenir une source supplémentaire d’emplois, de compétences et d’entrepreneuriat.

Les producteurs doivent toutefois rester au centre de cette mutation. Transformer davantage localement n’aura pleinement de sens que si la richesse supplémentaire créée contribue également à améliorer durablement leurs revenus et leurs conditions de vie. L’industrialisation du cacao doit donc s’accompagner d’une meilleure organisation de la chaîne de valeur, d’investissements dans les régions productrices et d’une politique permettant aux communautés agricoles de bénéficier davantage de la prospérité générée par leur travail.

La Côte d’Ivoire possède déjà la matière première, des infrastructures portuaires importantes, une expérience industrielle et une position stratégique en Afrique de l’Ouest. Elle doit désormais fédérer producteurs, industriels, PME, chercheurs, banques, distributeurs et pouvoirs publics autour d’une ambition commune. Après avoir remporté la bataille de la production mondiale, le véritable défi est désormais celui de la transformation profonde et de la valeur ajoutée. Le jour où la Côte d’Ivoire sera connue non seulement comme le pays du cacao, mais également comme une grande terre de chocolat, une nouvelle étape de son industrialisation aura été franchie

Saint Sauveur 

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