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ORPAILLAGE ILLÉGAL : ET SI NOUS ÉTIONS AUSSI RESPONSABLES DE CE QUE NOUS LAISSONS DÉTRUIRE ?

AfriqueVérité 27 Août 2026 - 13H14 vues
Le phénomène de l'orpaillage clandestin est désastreux. La Côte d'Ivoire lèguera quel visage aux générations futures?

 

La polémique sur l’orpaillage illégal secoue la Côte d’Ivoire et les accusations se multiplient. On interpelle le gouvernement, les autorités locales, les exploitants clandestins et les réseaux qui gravitent autour de cette économie souterraine. Mais au milieu de cette indignation nationale, une question plus inconfortable mérite d’être posée. Et nous, citoyens, quelle est notre part de responsabilité dans ce que nous laissons faire à notre propre pays ?

Les opérations conduites ces dernières années montrent l’ampleur du problème. Des milliers de sites ont été déguerpis, des personnes interpellées et du matériel neutralisé. Pourtant, le phénomène persiste dans plusieurs régions. Cela signifie que la répression, aussi nécessaire soit-elle, ne suffit pas et que l’économie clandestine de l’or conserve une capacité de renouvellement qui doit interpeller toute la nation.

Quel genre de peuple voulons-nous être ?

Nos terres nourrissent nos familles, nos rivières alimentent nos villages et nos forêts constituent un patrimoine que nous devons transmettre. Pourtant, dans certaines zones, la recherche de l’or transforme progressivement ce patrimoine en espaces dégradés. Comment dénoncer cette destruction tout en acceptant parfois que des terres soient mises à disposition d’exploitations clandestines en échange de bénéfices immédiats ? La responsabilité première de faire respecter la loi appartient à l’État, mais une nation se protège aussi par la vigilance de ses citoyens.

L’étranger ne peut pas devenir l’unique explication

La présence d’étrangers parmi certaines personnes interpellées ne doit pas conduire à transformer le débat en accusation collective contre des nationalités. Une économie clandestine durable suppose des terres, des équipements, du carburant, des transports, des acheteurs et des relais. Le véritable adversaire n’est donc pas une nationalité. Le véritable adversaire est le système clandestin qui transforme nos ressources naturelles en profits privés au détriment de l’intérêt collectif.

 

Après les forêts, nos terres et nos rivières ?

 

La Côte d’Ivoire connaît depuis plusieurs décennies une forte pression sur son patrimoine forestier. Cette expérience devrait servir d’avertissement. Nous ne pouvons pas reproduire avec nos cours d’eau et nos terres agricoles les erreurs commises avec nos forêts. Une forêt détruite met des années à retrouver son équilibre, une rivière dégradée peut compromettre la vie de plusieurs communautés et une terre agricole détériorée peut priver durablement une famille de son outil de production. L’or extrait aujourd’hui peut être vendu immédiatement. Mais les dégâts environnementaux, eux, peuvent rester pendant des décennies. Nous ne pouvons pas échanger un patrimoine durable contre une richesse éphémère.

 

À qui profite réellement l’or ?

 

Lorsqu’un site clandestin est démantelé, l’opinion voit les travailleurs, les machines et les excavations. Mais derrière chaque gramme d’or existe une chaîne économique. Qui finance les équipements ? Qui fournit le matériel ? Qui organise les transports ? Qui achète la production ? Où l’or est-il revendu ? Comment les bénéfices sont-ils répartis ?Si nous voulons gagner cette bataille, il faut remonter cette chaîne jusqu’au bout. Arrêter uniquement celui qui creuse sans rechercher celui qui finance et celui qui achète revient à couper les branches tout en laissant les racines intactes.

 

L’État doit agir, les communautés aussi

 

Le gouvernement porte une responsabilité majeure. L’État dispose de la force publique, de l’administration territoriale, de la justice et des instruments réglementaires nécessaires pour combattre le phénomène. Il doit donc obtenir des résultats et rendre compte. Mais les communautés locales doivent également prendre leurs responsabilités. Toute personne qui facilite sciemment une exploitation clandestine, finance son fonctionnement ou alimente son commerce participe au problème, sous réserve naturellement que les faits soient établis.La responsabilité doit être recherchée à tous les niveaux, sans généralisation, sans accusation gratuite et sans protection particulière.

 

Deux décisions pour changer la bataille

 

La première consiste à faire de chaque démantèlement le point de départ d’une enquête financière. Lorsqu’un site est découvert, il faut rechercher systématiquement les propriétaires des équipements, les financeurs, les fournisseurs, les transporteurs et les acheteurs. La lutte doit désormais passer du trou creusé dans la terre aux circuits financiers et commerciaux qui rendent cette activité rentable. La deuxième consiste à responsabiliser les communautés tout en développant des alternatives économiques crédibles. Les populations des zones aurifères doivent pouvoir accéder davantage à des activités minières légales et encadrées, à des coopératives, à l’agriculture modernisée et à des programmes de reconversion. Fermer une exploitation clandestine sans traiter les motivations économiques qui l’alimentent risque simplement de déplacer le problème.

 

Peut-être tolérons-nous trop

La formule dérange, mais elle oblige à regarder nos contradictions. Nous voulons des routes, des écoles, des hôpitaux et des emplois. Nous demandons à l’État de protéger nos ressources. Cette exigence doit s’accompagner d’une responsabilité citoyenne, celle de refuser les compromissions lorsque l’intérêt collectif est menacé. Il ne faut donc pas opposer la responsabilité du gouvernement à celle des citoyens. L’État doit faire respecter la loi et les citoyens doivent contribuer à protéger le patrimoine commun. La lutte contre l’orpaillage clandestin ne sera gagnée que lorsque ces deux responsabilités se rencontreront.

 

Quel pays laisserons-nous à nos enfants ?

La Côte d’Ivoire ne peut pas découvrir la valeur de ses ressources naturelles seulement après les avoir perdues. Elle a besoin de l’or, des investissements miniers, des emplois et des recettes générées par une exploitation légale. Mais elle a tout autant besoin de terres fertiles, de forêts protégées et d’eau. Le gouvernement doit renforcer la répression et la traçabilité. La justice doit remonter jusqu’aux commanditaires lorsque les preuves existent. Les autorités locales doivent assumer leurs responsabilités. Les populations doivent protéger leurs terres et les acteurs de la filière doivent garantir la légalité de l’or commercialisé. Car derrière l’orpaillage se pose finalement une question beaucoup plus grande. Quel pays voulons-nous transmettre à nos enfants ? Une Côte d’Ivoire qui leur racontera qu’elle possédait autrefois des forêts, des rivières et des terres fertiles, ou une nation qui aura compris à temps que le développement consiste aussi à préserver ce qui ne pourra jamais être remplacé ?

L’or peut enrichir une génération. La terre et l’eau doivent faire vivre toutes les suivantes.

 Noelle Rabe 

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