Santé : Le défi de l’accès aux soins se joue dans l’arrière-pays
La question de l’accès aux soins en
Côte d’Ivoire ne peut plus être appréciée uniquement à travers les grands
centres hospitaliers d’Abidjan. L’ouverture d’infrastructures sanitaires dans
les localités de l’intérieur rappelle une réalité essentielle. L’amélioration
durable du système de santé passe aussi par une offre de proximité capable de
rapprocher médecins, sages-femmes, infirmiers, médicaments et soins essentiels
des populations.
L’inauguration du Centre de santé
rural de N’Guessankoi, dans la région de la Mé, s’inscrit dans cette dynamique.
Au-delà de l’infrastructure elle-même, cette réalisation remet au centre du
débat la question de l’équité territoriale en matière de santé. Pour une
population rurale, disposer d’un établissement sanitaire à proximité peut
réduire les déplacements, faciliter le suivi des femmes enceintes et des
enfants, améliorer la prise en charge des premières urgences et favoriser une
consultation plus précoce en cas de maladie.
Rapprocher véritablement la santé des
populations
Dans plusieurs zones rurales, la
distance qui sépare encore certaines communautés d’un établissement sanitaire
constitue un obstacle majeur. À cette difficulté peuvent s’ajouter le coût du
transport, l’état des routes, l’insuffisance de personnel ou encore la
disponibilité irrégulière de certains médicaments et équipements. La
construction de centres de santé représente donc une avancée importante, mais
elle ne constitue que la première étape. Une infrastructure sanitaire ne prend
tout son sens que lorsqu’elle dispose durablement du personnel, des
équipements, des médicaments, de l’eau, de l’électricité et des moyens
nécessaires à la prise en charge des patients.
Le véritable enjeu consiste ainsi à
passer d’une politique de construction à une politique complète de performance
sanitaire territoriale. La Côte d’Ivoire a considérablement développé ses
infrastructures sanitaires au cours des dernières années, mais le prochain défi
sera celui de leur répartition, de leur fonctionnement et de la qualité des
prestations proposées aux citoyens, indépendamment de leur lieu de résidence.
Réduire les inégalités entre Abidjan
et l’intérieur
Un habitant d’un village, d’une sous-préfecture
ou d’une ville de l’intérieur doit pouvoir bénéficier d’une prise en charge
digne sans être systématiquement contraint de se rendre à Abidjan pour des
soins qui pourraient être disponibles à proximité. C’est à cette condition que
la modernisation du système sanitaire prendra toute sa dimension sociale. La
santé ne doit pas devenir un privilège géographique.
L’amélioration des indicateurs
nationaux constitue un signal encourageant. Mais derrière les statistiques
demeure une question essentielle. Ces progrès sont-ils ressentis avec la même
intensité dans toutes les régions du pays ? La réussite d’une politique
sanitaire ne se mesure pas seulement au nombre d’hôpitaux ou de centres de
santé construits. Elle s’apprécie aussi au temps nécessaire pour obtenir une
consultation, à la disponibilité du personnel médical, au coût réel des soins,
à l’accès aux médicaments, à la qualité de l’accueil et à la capacité
d’intervenir rapidement face à une urgence.
Faire de la proximité sanitaire une
priorité nationale
C’est dans les villages, les
sous-préfectures et les quartiers populaires que les progrès annoncés doivent
désormais devenir visibles. Le développement des centres de santé ruraux peut
constituer l’un des instruments les plus efficaces pour renforcer la prévention
et désengorger progressivement les grands établissements hospitaliers. Plus une
pathologie est détectée tôt, plus les chances d’une prise en charge efficace
augmentent. Cette médecine de proximité doit également renforcer la
vaccination, la santé maternelle et infantile, le dépistage, l’éducation
sanitaire et le suivi des maladies chroniques.
La Côte d’Ivoire dispose aujourd’hui
d’une occasion de franchir une nouvelle étape. Après l’effort consacré aux
infrastructures, il s’agit désormais de consolider un véritable maillage
sanitaire du territoire. Construire un centre de santé dans une localité rurale
n’est pas simplement bâtir un bâtiment supplémentaire. C’est rapprocher la
République du citoyen et réduire une distance qui, lorsqu’il s’agit de santé,
peut parfois séparer une maladie guérissable d’une situation devenue critique.
L’ambition doit être claire. Où qu’il vive sur le territoire ivoirien, chaque citoyen doit pouvoir considérer l’accès à des soins de qualité non comme une chance liée à son lieu de résidence, mais comme un droit effectivement garanti.
Noelle Rabe

