CEDEAO : La crédibilité de l’organisation se joue de plus en plus
Cinquante ans après sa création, la CEDEAO traverse l’une
des périodes les plus délicates de son histoire. Le général sénégalais Birame
Diop prend les commandes de la Commission pour un mandat de quatre ans avec des
défis considérables. Terrorisme, difficultés de financement, faiblesses
administratives et recomposition géopolitique après le retrait du Mali, du
Burkina Faso et du Niger placent l’organisation face à une véritable épreuve de
crédibilité.
Le premier défi est sécuritaire. La menace terroriste
continue de traverser les frontières et de fragiliser plusieurs États. La
question n’est désormais plus seulement de condamner les attaques, mais de
savoir si la CEDEAO dispose réellement des moyens militaires, financiers,
diplomatiques et de renseignement nécessaires pour agir efficacement. Dans une
région où l’insécurité se déplace rapidement d’un territoire à l’autre, aucune
réponse strictement nationale ne paraît suffisante.
La rupture avec les trois pays de l’Alliance des États du
Sahel constitue l’autre chantier majeur. Leur départ de la CEDEAO est effectif
depuis janvier 2025, mais la géographie n’a pas changé. Commerce, circulation des
populations, infrastructures, sécurité et frontières continuent de lier
profondément ces pays à leurs voisins. La priorité donnée au dialogue pourrait
donc être déterminante. L’Afrique de l’Ouest peut difficilement construire
durablement deux espaces qui s’ignorent alors que leurs populations restent
interdépendantes.
À ces fractures politiques s’ajoutent les difficultés
internes de la Commission, confrontée à des postes vacants, des contraintes
financières et à la nécessité d’améliorer son fonctionnement. La libre
circulation, le financement communautaire, la future monnaie Eco et
l’opérationnalisation des mécanismes régionaux de lutte contre le terrorisme
figurent parmi les dossiers sur lesquels la nouvelle direction sera attendue.
C’est précisément sur les résultats que se jouera désormais
la crédibilité de l’institution. Pendant longtemps, la CEDEAO a surtout été
perçue à travers ses sommets, ses communiqués, ses médiations et ses sanctions.
Elle doit davantage démontrer son utilité dans la vie quotidienne des citoyens.
Faciliter réellement le passage aux frontières, réduire les obstacles au
commerce, développer les infrastructures régionales, améliorer l’accès à
l’énergie et renforcer la sécurité pourraient changer profondément la
perception de l’organisation.
La question de l’Eco illustre également les ambitions
inachevées de l’intégration régionale. Annoncée depuis des années, la monnaie
commune demeure un symbole puissant mais toujours attendu. Pour devenir
crédible, le projet devra dépasser les déclarations politiques et résoudre les
divergences économiques, monétaires et institutionnelles entre les États
concernés.Avec désormais douze États membres, la CEDEAO se trouve face à un
choix historique. Elle peut rester principalement une organisation de sommets
et de gestion des crises ou se transformer en une véritable communauté
d’intérêts capable de produire des résultats visibles pour les populations. La
crise actuelle pourrait paradoxalement devenir l’occasion de repenser
profondément son fonctionnement.
Le mandat de Birame Diop sera donc observé à travers
quelques épreuves déterminantes, le dialogue avec l’AES, la lutte contre le
terrorisme, la libre circulation, le commerce régional, le financement de
l’institution, l’efficacité administrative et l’avenir de l’Eco. La question
n’est plus de savoir si l’Afrique de l’Ouest a besoin d’intégration. Elle est
de savoir si la CEDEAO saura se réinventer assez vite pour redevenir le moteur
de cette intégration.

