La Chine , de par ses prouesses technologiques, avance à toute berzingue.
La Chine vient de franchir une étape majeure dans la course
mondiale aux neurotechnologies. Avec NEO, une interface cerveau-machine
implantable autorisée à entrer dans la pratique médicale, des signaux cérébraux
peuvent être décodés pour aider des personnes paralysées à commander un
dispositif d’assistance. Au-delà de la prouesse médicale, cette avancée pose
une question stratégique. Quelle place l’Afrique entend-elle occuper dans les
technologies qui façonneront le XXIᵉ siècle ? La frontière entre le cerveau
humain et la machine continue de reculer. Développé en Chine, NEO repose sur un
implant capable d’enregistrer l’activité cérébrale associée à l’intention de
mouvement. Les signaux recueillis sont ensuite décodés pour commander notamment
un dispositif robotisé destiné à assister certains mouvements.Pour les
personnes souffrant de paralysie à la suite de lésions de la moelle épinière,
l’enjeu est considérable. Une technologie longtemps cantonnée aux laboratoires
entre progressivement dans le champ médical.
UNE NOUVELLE FRONTIÈRE TECHNOLOGIQUE
Aujourd’hui, l’objectif est thérapeutique. Demain, les
interfaces cerveau-machine pourraient ouvrir de nouvelles perspectives dans la
communication entre l’homme et la machine. Les scénarios concernant la mémoire,
l’apprentissage ou l’augmentation cognitive restent plus prospectifs, mais une
réalité s’impose déjà. Les grandes puissances investissent dans les
neurotechnologies. Intelligence artificielle, robotique, informatique
quantique, biotechnologies et interfaces cerveau-machine dessinent une nouvelle
géographie de la puissance mondiale. Et c’est précisément là que commence la
question africaine.
L’AFRIQUE NE PEUT PAS RESTER CONSOMMATRICE DE L’AVENIR
Le véritable sujet n’est pas que la Chine avance trop vite.
Le véritable enjeu est de savoir si l’Afrique avancera suffisamment vite pour
participer elle aussi à la construction des technologies de demain. Le
continent dispose d’une population exceptionnellement jeune, de chercheurs,
d’ingénieurs, de médecins, de développeurs et d’entrepreneurs capables
d’innover. Mais le potentiel humain ne devient puissance économique que
lorsqu’il rencontre des universités performantes, des laboratoires équipés, des
financements, des entreprises innovantes et des institutions solides. Le défi
africain est donc moins celui de l’intelligence disponible que celui de
l’écosystème permettant à cette intelligence de produire.
TRANSFORMER LA JEUNESSE EN CAPITAL HUMAIN
Il serait trop facile d’opposer recherche scientifique et
cultures populaires. Une jeunesse peut se divertir et inventer. Le problème
apparaît lorsque le divertissement devient plus accessible, plus valorisé et
parfois mieux financé que la connaissance, la recherche et l’entrepreneuriat.Combien
consacrons-nous à nos laboratoires ? Combien d’étudiants africains peuvent
transformer leurs travaux universitaires en entreprises technologiques ?
Combien de chercheurs disposent d’équipements compétitifs ? Combien
d’innovateurs trouvent sur le continent les capitaux nécessaires pour
développer leurs inventions ? Une Nation qui veut maîtriser son avenir doit
donner davantage de place à ses chercheurs, ingénieurs, scientifiques et
entrepreneurs.
LA LIBERTÉ SCIENTIFIQUE EST AUSSI UNE INFRASTRUCTURE
La recherche ne prospère pas seulement avec de l’argent.
Elle a besoin de liberté, de confrontation des idées et d’institutions capables
de protéger la pensée scientifique.Une société qui décourage la contradiction
ou affaiblit ses institutions scientifiques réduit progressivement sa capacité
d’innovation. Les États africains doivent donc consacrer davantage d’énergie à
l’éducation, à la recherche, à l’industrie, au numérique et à la création de
richesses.Le développement scientifique devient ainsi inséparable de la qualité
des institutions.
PASSER DE LA CONSOMMATION À LA CRÉATION
L’Afrique ne part pas de zéro. Des pôles technologiques
émergent, des chercheurs africains participent aux grandes avancées
scientifiques internationales et des start-up développent des solutions adaptées
aux réalités du continent.L’enjeu est désormais de changer d’échelle. Il faut
renforcer les universités scientifiques, financer durablement la recherche,
rapprocher les laboratoires des entreprises, développer des fonds africains
d’innovation, protéger la propriété intellectuelle et faciliter la
transformation des découvertes en industries.Il faut surtout considérer chaque
jeune Africain bien formé non seulement comme un demandeur potentiel d’emploi,
mais comme un possible créateur de connaissances, d’entreprises et de
technologies.
L’AVENIR N’ATTEND PERSONNE
NEO n’est finalement qu’un symbole parmi d’autres.
Aujourd’hui, ce sont les interfaces cerveau-machine. Demain apparaîtront
d’autres ruptures technologiques que nous imaginons à peine. À chaque
révolution reviendra la même question. Serons-nous seulement utilisateurs des
technologies conçues ailleurs ou participerons-nous à leur invention ? L’Afrique
n’a pas besoin d’imiter la Chine, les États-Unis ou l’Europe. Elle doit
construire sa propre puissance scientifique en fonction de ses besoins, de ses ressources
et de ses ambitions. Car la souveraineté du XXIᵉ siècle ne se mesurera plus
seulement à la superficie des territoires ou aux richesses du sous-sol. Elle se
mesurera aussi à la capacité des peuples à produire du savoir, à transformer la
connaissance en technologie et la technologie en prospérité. L’avenir n’attend
personne. L’Afrique peut participer à son écriture, à condition de faire de
l’intelligence de sa jeunesse l’une de ses premières richesses stratégiques.
Noelle Rabe