Zadi Zadi (Cadre Pdci) : « L’ambition que Tidjane Thiam porte pour la Côte d’Ivoire va au-delà de sa personne : il mérite notre soutien total »
Avant d’aborder l’actualité
politique, le PDCI-RDA vient de perdre une grande figure en la personne du
Professeur Alphonse Djédjé Mady. Quel hommage souhaitez-vous lui rendre ?
Je m’incline avec respect et émotion devant la mémoire du
Professeur Alphonse Djédjé Mady. Sa disparition est une grande perte pour la
Côte d’Ivoire et pour le PDCI-RDA. J’ai eu l’honneur de connaître le Professeur
Djédjé Mady. Au-delà de l’homme politique et des fonctions qu’il a exercées,
j’ai découvert un homme d’expérience, de conviction, de rigueur et de devoir,
attaché à la transmission et à l’intérêt supérieur du parti et du pays. Ministre
de la Santé, secrétaire général du PDCI-RDA, président du Conseil régional du
Haut-Sassandra, il a consacré une grande partie de sa vie au service de la Côte
d’Ivoire. Sa disparition nous rappelle aussi que notre parti perd
progressivement plusieurs de ses grandes figures historiques. Ce sont des pans
entiers de notre mémoire politique qui s’en vont. À sa famille, à ses proches,
aux populations du Haut-Sassandra et à toute la famille du PDCI-RDA, j’adresse
mes condoléances les plus attristées. Le meilleur hommage que nous puissions
lui rendre est de préserver ce qu’il nous a légué et de préparer dignement la
relève. Que Dieu lui accorde Sa miséricorde et qu’Il console sa famille.
Vous avez été un très
actif soutien du Président Tidjane Thiam. Mais depuis les dernières
législatives, vous avez choisi d’observer le silence. Pourquoi décidez-vous de
rompre ce silence aujourd’hui ?
J’ai toujours considéré que le silence pouvait, dans
certaines circonstances, être une forme de sagesse. Après les dernières
législatives, j’ai donc fait le choix de prendre du recul, d’observer et
d’écouter. Je voulais analyser ce qui s’était passé et en tirer les enseignements
avec sérénité. Je ne voulais surtout pas que mes prises de parole soient
perçues comme une réaction à une défaite personnelle ou comme la volonté de
régler des comptes. Ce silence était donc un choix. Mais le silence ne signifie
ni l’indifférence ni le renoncement à ses convictions. Aujourd’hui, le contexte
est différent. Le débat politique s’est intensifié, le Président du PDCI-RDA
fait l’objet d’attaques répétées et certaines polémiques risquent de nous
éloigner de l’essentiel. Face à cette situation, je considère qu’il est devenu
nécessaire de parler. François Mitterrand disait qu’il existe de bons silences,
mais que certains silences, lorsqu’ils conduisent à taire l’essentiel, peuvent
finir par désagréger une famille. Cette réflexion me paraît particulièrement
pertinente pour notre famille politique. J’ai donc choisi de sortir de mon
silence non pas pour alimenter les polémiques, mais pour contribuer à les
dépasser. Je reprends la parole pour réaffirmer mon soutien total, entier et
sans ambiguïté au Président Tidjane Thiam. Mais ce soutien n’est pas fondé sur
une fidélité personnelle ou sur une logique de circonstance. Je soutiens une
ambition qui dépasse sa personne : celle d’un PDCI-RDA rassemblé, capable de
porter une vision et de reconquérir la confiance des Ivoiriens, et celle d’une
Côte d’Ivoire réconciliée, apaisée, prospère et tournée vers l’avenir. Je sors
donc de mon silence parce que je considère que ma responsabilité, aujourd’hui,
est de contribuer au rassemblement, au travail et à la défense de ce qui me
paraît essentiel.
Le Président du
PDCI-RDA fait l’objet d’attaques répétées. Cela fragilise-t-il l’unité du parti
et comment y répondre ?
En politique, il faut toujours privilégier le débat sur le
fond. Lorsque le débat se transforme en attaques personnelles, nous nous
éloignons des préoccupations essentielles des Ivoiriens. Nos compatriotes
attendent de nous des réponses concrètes : des perspectives pour leur jeunesse,
davantage de justice sociale, une amélioration de leurs conditions de vie et
une vision claire pour l’avenir du pays. Notre responsabilité est donc de ne
pas nous laisser enfermer dans les polémiques, les rumeurs et les divisions. Le
PDCI-RDA est une grande famille politique. Il a traversé de nombreuses périodes
difficiles et a toujours su préserver l’essentiel : ses valeurs, son identité
et sa capacité à rassembler. Nous devons respecter les instances du parti et
faire confiance à sa direction légitime. L’unité ne signifie pas que nous avons
tous eu les mêmes parcours, ni que nous avons toujours eu les mêmes opinions. L’unité
signifie que, lorsque l’intérêt supérieur du parti et de la Côte d’Ivoire est
en jeu, nous savons nous retrouver autour de l’essentiel. Notre diversité doit
être une richesse et non une source de division. Les divergences d’hier ne
doivent pas devenir les divisions de demain. Nous avons besoin d’un PDCI-RDA
rassemblé, discipliné, ouvert et surtout présent sur le terrain. Les attaques
font du bruit pendant un temps. Mais, au bout du compte, ce sont les idées, le
travail et notre capacité à répondre aux attentes des populations qui feront la
différence.
Quel appel lancez-vous aux cadres, aux jeunes
et aux femmes du parti ?
Aux cadres, j’appelle à la responsabilité, à la hauteur de
vue et à l’exemplarité. Dans les périodes de tension, un cadre doit être une
partie de la solution et jamais une partie du problème. Notre rôle ne consiste
pas seulement à défendre nos propres positions. Nous devons être des acteurs de
cohésion, de transmission et de rassemblement. Nous avons aussi le devoir de
préparer l’avenir du parti et du pays. Aux jeunes, je dis : ne laissez personne
vous détourner de votre avenir. Engagez-vous. Formez-vous. Travaillez. Prenez
vos responsabilités et faites entendre vos propositions. Le renouvellement de
la classe politique passera nécessairement par une nouvelle génération. Mais
cette relève doit se construire sur la compétence, le mérite, le travail et la
présence sur le terrain. Aux femmes, je rends hommage à leur engagement
constant. Elles sont au cœur de la mobilisation et de la vie de notre parti.
Leur proximité avec les familles et les communautés en fait des actrices
essentielles de notre implantation. L’héritage houphouëtiste auquel nous sommes
attachés repose sur le dialogue, la paix, le travail et la fraternité. Ce ne
sont pas seulement des mots. C’est par nos actes que nous devons les faire
vivre.
Au-delà des polémiques, quelle vision le
Président Tidjane Thiam porte-t-il pour la Côte d’Ivoire ?
Je retiens la vision d’une Côte d’Ivoire réconciliée,
prospère et respectée, où chaque citoyen, quelle que soit son origine, sa
région ou son appartenance politique, peut se sentir pleinement chez lui. Nous
devons renforcer la culture du dialogue, consolider la justice sociale et faire
en sorte que le développement bénéficie à l’ensemble du territoire. Il faut
surtout remettre l’humain au cœur de l’action publique : une école de qualité,
un système de santé accessible, des opportunités pour notre jeunesse et une
agriculture mieux valorisée. Lors de son passage à Soubré en juin 2024, le
Président Tidjane Thiam avait notamment insisté sur l’importance de l’Indice de
développement humain. Cette approche me paraît fondamentale. Le développement
d’un pays ne se mesure pas uniquement à ses infrastructures ou à ses grands
chiffres économiques. Il se mesure aussi à la qualité de vie des populations, à
l’accès aux services essentiels, à l’éducation, à la santé et aux opportunités
offertes à chacun. C’est cette approche qui, à mes yeux, remet l’Ivoirien au
centre de la politique.
Quels seraient, selon vous, les trois
chantiers prioritaires pour réconcilier et développer la Côte d’Ivoire ?
Je retiens trois grandes priorités. Première priorité : la
réconciliation nationale. Nous devons favoriser un dialogue politique sincère
et inclusif afin d’apaiser durablement le climat politique et de créer les
conditions d’échéances électorales sereines. Deuxième priorité : l’emploi et
l’entrepreneuriat des jeunes. Notre jeunesse est une richesse considérable.
Elle a besoin de formation, de financement, d’accompagnement et surtout de
perspectives concrètes pour créer de la valeur et participer pleinement au
développement du pays. Troisième priorité : le pouvoir d’achat et l’agriculture.
Nous devons mieux soutenir nos producteurs, renforcer la transformation locale
et permettre à ceux qui travaillent la terre de vivre dignement de leur
activité. Parallèlement, la question du coût de la vie doit rester au cœur de
nos préoccupations. Ces trois priorités sont liées : pas de développement
durable sans cohésion sociale, et pas de cohésion durable sans perspectives
pour la jeunesse. Ce sont des axes qui doivent être au cœur du projet de
société que le PDCI-RDA prépare pour les Ivoiriens.
Vous étiez candidat
indépendant aux dernières législatives à Okrouyo. Le PDCI-RDA a perdu le siège.
Quels sont vos plans pour contribuer à sa reconquête ?
Il faut d’abord avoir l’humilité de tirer les enseignements
de cette défaite. Une défaite doit être une occasion de comprendre, de corriger
et de repartir plus fort. Mon expérience comme candidat indépendant à Okrouyo
m’a permis de mieux connaître les réalités de la circonscription et les
attentes de nos populations. J’ai beaucoup appris au contact du terrain, des
jeunes, des femmes, des agriculteurs, des chefs de communauté et de l’ensemble
des forces vives de la circonscription. Aujourd’hui, j’ai une responsabilité :
contribuer à la reconquête du siège par le PDCI-RDA.
Cette reconquête reposera sur trois choses.
Le rassemblement, d’abord. Nous devons réunir toutes les
forces du PDCI-RDA dans la circonscription. Les divergences d’hier ne doivent
pas devenir les divisions de demain.
Le terrain, ensuite.
Il faut être présent dans les villages et les quartiers,
écouter les populations, comprendre leurs difficultés et construire avec elles.
La méthode, enfin.
Nous devons proposer un projet concret pour Okrouyo :
agriculture, infrastructures, services sociaux de base, emploi des jeunes,
autonomisation des femmes et développement local. Je ne suis pas dans une logique
de revanche personnelle. Je suis dans une logique de reconquête collective. La
victoire ne sera celle ni d’un individu ni d’un clan. Elle sera celle du
PDCI-RDA et surtout celle des populations d’Okrouyo. Au fond, ce que nous
devons reconstruire à Okrouyo, c’est une relation de confiance durable entre le
PDCI-RDA et les populations. Parce qu’une reconquête électorale durable ne se
décrète pas. Elle se construit par la proximité, l’écoute, le travail et la
confiance.
Quel est votre
dernier mot ?
Je vous remercie de m’avoir donné la possibilité de
m’exprimer. Je sors du silence pour dire une chose simple : Le PDCI-RDA n’a pas
besoin de divisions. Il a besoin de victoires. Et je considère que Tidjane
Thiam est une véritable opportunité pour le PDCI-RDA et pour la Côte d’Ivoire. J’apporte
donc au Président Tidjane Thiam un soutien total, entier et sans ambiguïté.
Mais c’est un soutien de responsabilité : responsabilité de
travailler, de mobiliser, d’écouter, d’être présent sur le terrain et de
respecter tous ceux qui partagent ou non nos convictions.À la base militante,
je dis simplement : Restons debout.
Restons unis autour de notre Président.Et restons concentrés
sur l’essentiel. Allons sur le terrain. Parlons aux Ivoiriens. Écoutons leurs
préoccupations. Convainquons par nos propositions et par notre capacité à
rassembler. Nous ne travaillons pas seulement pour gagner une élection. Nous
travaillons pour servir la Côte d’Ivoire et préparer son avenir. La Côte
d’Ivoire mérite que nous soyons à la hauteur de ses attentes.
Zadi Zadi
Cadre du PDCI-RDA
Conseiller régional de la Nawa

