Dah Sansan Dihignité (Pdt Micoci) : « Que la C.I entre dans une nouvelle étape de sa maturité démocratique »
Comment se porte votre mouvement, la Mission des Consciences
Citoyennes (MICOCI) ?
La MICOCI se porte bien, mais surtout, elle est aujourd’hui
à un tournant important de son histoire. Lorsque nous avons créé la Mission des
Consciences Citoyennes en 2021, notre conviction était de contribuer, aussi
longtemps que possible, à la construction d’une République des valeurs avec une
jeunesse qui ne soit pas simplement nombreuse, mais véritablement une jeunesse
des valeurs celle que nous appelons la jeunesse substantielle. En effet, il
nous fallait tirer les leçons des crises sociopolitiques et des crises de
valeurs qui ont marqué les trois dernières décennies de notre pays et qui ont
profondément fragilisé le tissu social et la paix. Il nous fallait donc, en
tant que jeunes citoyens consciencieux et responsables, prendre notre part dans
la construction de la nation. Après cinq années d’engagement sur le terrain, à
travers des tournées nationales de sensibilisation, des conférences publiques
et des actions autour des valeurs de la République, nous avons accumulé des
expériences, connu des réussites, mais aussi identifié des insuffisances.
Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de relance et de repositionnement
stratégique de la MICOCI face aux nouveaux enjeux de notre pays. Cette
réflexion s’est imposée notamment après les dernières élections présidentielles
d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire, pour lesquelles nous avions d’ailleurs engagé
des actions de sensibilisation d’apaisement.
Aujourd’hui nous voulons donner une nouvelle impulsion à la MICOCI, nous
ouvrir à de nouveaux partenaires et amis mais également redéfinir l’identité du
« Micocien », ses responsabilités et ses devoirs vis-à-vis de la société. Oui,
la MICOCI se porte bien.
Nous sommes au
neuvième mois de l’année 2026. Quelles sont les actions majeures que vous avez
menées sur le terrain cette année ?
2026 est pour nous une année charnière. C’est vrai, nous
sommes déjà au neuvième mois de l’année et nous nous rapprochons du dernier
trimestre, nous en sommes conscients. Mais il faut aussi rappeler que nous
sortons d’une année électorale marquée par des tensions et crises qui ont une
fois de plus engendré des morts, notamment autour de la question politique et
les élections. Dans ce contexte, nous entrons en 2026 avec un choix assumé ;
celui qui aura été moins des grandes mobilisations publiques que celui de la
réflexion, de la réorganisation et de la préparation d’une MICOCI d’une
réorganisation stratégique adaptée aux enjeux nationaux nouveaux. Nous avons
beaucoup travaillé sur nous-mêmes, sur notre organisation et sur son avenir.
Nous avons notamment engagé des consultations avec plusieurs responsables et
membres autour des questions liées à l’avenir de la MICOCI, à son positionnement
et à ses partenaires, afin de tirer les enseignements de nos cinq premières
années d’existence.
Mais allons plus loin.
Une organisation citoyenne ne se mesure pas uniquement au
nombre d’activités qu’elle organise ou au nombre de personnes qu’elle mobilise.
Elle se mesure également à sa capacité à produire de la réflexion, à former les
consciences et à se projeter. Nous avons donc fait le choix de préparer
sérieusement la prochaine étape. Cette nouvelle étape commence par une
Assemblée générale que nous envisageons pour le mois de novembre pour prendre
des décisions concrètes sur nos activités prochaines et notre futur. Et parmi
ces décisions, il y a naturellement la question de la gouvernance de notre
organisation. Et parce que je suis à mis mandat de ma présidence, la question
de mon avenir à la tête de la MICOCI ne manque pas d’intérêt. Mais je considère
que ce n’est pas une décision que je dois prendre seul. C’est une question qui
relève de la vie et des instances de notre organisation. Pour ma part, je reste
encore pleinement engagé dans la vision qui a présidé à la création de la
MICOCI : contribuer à l’émergence d’une jeunesse substantielle et à la
construction d’une République des valeurs.
Quel est votre regard
sur la situation politique dans l’ensemble et précisément sur la mise en place
du prochain organe électoral ?
Je pense qu’il est temps que la Côte d’Ivoire entre dans une
nouvelle étape de sa maturité démocratique. La dissolution de la Commission
Électorale Indépendante (CEI), annoncée en mai 2026, ouvre nécessairement une
période importante de réflexion sur notre système électoral. Le gouvernement a
annoncé vouloir mettre en place un nouveau mécanisme de gestion des élections,
notamment pour renforcer la confiance des acteurs politiques et des citoyens.
C’est une décision que nous saluons. Je crois même que la société civile et
l’ensemble des Ivoiriens attendaient cette évolution avec beaucoup d’intérêt.
Nous ne sommes toutefois pas de ceux qui ont considéré la
défunte CEI comme l’unique responsable des difficultés de notre République.
Mais nous pensons qu’au regard de l’évolution de notre démocratie et des
expériences accumulées au fil des années, une réflexion profonde sur son modèle
et son fonctionnement était devenue nécessaire. Cela dit, la question
essentielle n’est pas simplement : qui va gérer les élections ? Mais plutôt :
comment construire un mécanisme électoral auquel le citoyen ordinaire peut
faire confiance ?
Pour cela, la mise en place du prochain organe électoral
doit faire l’objet d’un dialogue suffisamment large entre les différentes
composantes de la société ivoirienne. Parce qu’une institution électorale ne
doit pas seulement être juridiquement indépendante. La défunte CEI l’était.
Elle doit également être perçue comme crédible, impartiale et digne de
confiance par les citoyens. Et c’est là, à mon sens, que se situe le véritable
défi du nouvel organe électoral en gestation. Depuis la disparition du Président
Félix Houphouët-Boigny en 1993, notre pays a rarement connu des échéances
électorales totalement exemptes de tensions et de crises. Et, malheureusement,
certaines de ces crises ont parfois conduit à des violences et à des pertes en
vies humaines. Il faut que cela cesse. C’est pourquoi, la MICOCI, nous sommes
prêts à accompagner toute initiative sérieuse, républicaine et inclusive qui
permettra de renforcer la confiance dans notre système électoral et, surtout,
de tourner définitivement la page des crises électorales dans notre pays. Parce
qu’au fond, l’enjeu n’est pas seulement de changer un organe électoral. L’enjeu
est de construire un système électoral suffisamment crédible pour que les
Ivoiriens puissent continuer à croire en la démocratie sans avoir à craindre
pour la paix.
Quelle est votre
appréciation des rapports de force entre le pouvoir et l’opposition ?
C’est dommage que sous nos cieux les rapports les rapports
entre les acteurs politiques se réduisent aux rapports de force bien souvent
aux rapports <
Vous êtes un jeune leader. Pensez-vous que les conditions de
la jeunesse, en termes socio-économiques et d’emploi, s’améliorent-elles ?
Ce serait faire preuve de cécité volontaire que de nier les
efforts entrepris par le gouvernement ivoirien en faveur de l’emploi et de
l’insertion des jeunes. Le gouvernement a notamment annoncé pour 2026
l’objectif d’accompagner plus de 152 000 jeunes à travers différents
dispositifs.
Mais en tant que jeune et acteur de terrain, je pense que
nous devons regarder la réalité avec beaucoup de lucidité. Les chiffres sont
importants. C’est pourquoi il faut rappeler que plus de 75 % de la population
ivoirienne a moins de 35 ans, que chaque année, ce sont 300 à 400 milles jeunes
qui sont prêts à travailler. Mais derrière chaque chiffre, il y a un jeune, une
famille et, souvent, une espérance. Le problème alors, me semble-t-il, est que
les plans quinquennaux de gestion de l'employabilité montrent leurs limites. Il
faut cesser de traiter cette problématique comme une simple question
sociologique d’ordre structurel. L’employabilité en Côte d’Ivoire est une
question éminemment politique, qui nécessite une planification précise et une
projection sur le long terme. La question n’est donc pas seulement de savoir
combien de jeunes ont bénéficié d’un programme, mais plutôt de savoir combien
ont obtenu une insertion durable, combien ont créé une activité viable et
combien peuvent aujourd’hui construire sereinement leur avenir. Voilà tout
l'enjeu.
On ne peut pas vous avoir sans vous demander votre avis sur
le phénomène de l’orpaillage clandestin et les pistes de solutions que vous
préconisez ?
Depuis 2021 nous alertons sur l’orpaillage clandestin qui se
pratique dans notre pays. Aujourd’hui cette pratique est devenu une question
économique, sociale, environnementale et sécuritaire d’envergure nationale. Il
détruit nos forêts, menace nos ressources en eau et fragilise parfois les
communautés locales. C’est pourquoi Il faut saluer et encourager l’État de Côte
d’Ivoire pour les initiatives qui sont prises avec la récente annonce d’un
dispositif de lutte et de mobilisation accrue des acteurs territoriaux contre
ce phénomène. Il faut saluer également les initiatives qui associent les
communautés à la lutte contre l’orpaillage parce que nous savons désormais la
place des chefferies traditionnelles par enrayer ces ennemis de l’écosystème.
Bien évidemment, Il faut faire respecter la loi et sanctionner les réseaux qui
organisent et financent cette activité illégale. Mais il faut également
s’attaquer aux causes économiques et sociales qui poussent certains jeunes à y
trouver une source de revenus. En tout état de cause, la MICOCI reste disposée
à accompagner les efforts de l’État dans la lutte contre l’orpaillage illégal
en Côte d’Ivoire.
Quels sont les
chantiers prioritaires pour la suite de l’année 2026 ?
Notre priorité immédiate est la refondation stratégique de
la MICOCI. Et cela commence par la réussite de notre Assemblée générale de
novembre qui va tracer les grandes lignes de nos années à venir. Au-delà de
cette échéance, notre objectif est de bâtir une organisation moderne,
structurée, hautement disciplinée et prête à peser. Voyez-vous, nous voulons en
tant que jeunes des consciences citoyennes, nous donner le goût de la chose
publique, dans le sens le plus noble du terme, car nous n’avons pas l’intention
de nous éterniser dans la société civile. Mais ce dernier pan reste à
l’appréciation exclusive de l’AG.
Pensez-vous que votre
combat pour le changement des consciences est intégré par les populations et
les décideurs ?
Je dirais que le chemin est encore long. Changer les
consciences est probablement l’un des combats les plus difficiles qui soient,
parce qu’on ne change pas les comportements uniquement avec des discours. Mais
au vu de nos activités de terrain, je pense que notre message progresse.
Lorsque nous parlons de citoyenneté, de responsabilité, de paix, de respect de
l’autre, d’intégrité ou de jeunesse substantielle, nous touchons à des
préoccupations qui dépassent les clivages politiques. Notre conviction est
simple : un pays peut changer ses institutions, ses lois et ses dirigeants ; si
les mentalités ne changent pas, les mêmes problèmes peuvent revenir sous
d’autres formes. C’est pourquoi nous considérons que le travail sur les consciences
est un travail de longue durée. C’est pourquoi Et je crois que les décideurs
devraient davantage considérer les organisations citoyennes comme des
partenaires de réflexion et non simplement comme des structures de
mobilisation.
Bientôt la rentrée scolaire.
Quels messages pouvez-vous faire passer aux élèves ainsi qu’aux parents
d’élèves ?
Aux élèves, je leur dis que l’école n’est pas simplement un
endroit où l’on va chercher des diplômes. C’est un espace des valeurs où l’on
apprend à penser, à travailler, à respecter les autres et à devenir
progressivement responsable de soi-même. C’est à l’école qu’on apprend à être
citoyen utile, conscient des enjeux nationaux et internationaux. C’est cela,
l’esprit de la jeunesse des valeurs, la jeunesse substantielle, l’idéal de
jeunesse que nous défendons. C’est à l’école qu’on apprend à être libre. Aux
parents, je voudrais dire que l’éducation ne doit pas être entièrement déléguée
à l’école. Un enfant qui réussit à l’école mais qui ne reçoit pas de valeurs à
la maison reste vulnérable. Il faut une véritable alliance entre parents,
enseignants et élèves.
Quel appel le président de la MICOCI peut-il lancer ?
Notre génération ne doit pas seulement hériter de la Côte
d’Ivoire. Elle doit contribuer à la rendre meilleure. Mon appel est un appel à
la conscience. J’appelle la jeunesse ivoirienne à sortir de la résignation,
mais également à sortir de la victimisation. J’appelle les responsables
politiques, économiques et sociaux à faire davantage confiance à la jeunesse.
Pas une jeunesse utilisée uniquement pendant les campagnes électorales. Mais
une jeunesse à qui l’on confie des responsabilités, que l’on forme et que l’on
accompagne. Enfin, j’appelle tous les Ivoiriens à préserver la paix et le
vivre-ensemble. Nous pouvons avoir des opinions différentes, des appartenances
politiques différentes et des visions différentes de la Côte d’Ivoire. Mais
nous avons une même Côte d’Ivoire dont nous avons le devoir de respecter et de
protéger. La MICOCI continuera donc son combat pour une jeunesse consciente et
responsable, pour une citoyenneté active et pour une République fondée sur les
valeurs.
Réalisé par la Rédaction

