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Dah Sansan Dihignité (Pdt Micoci) : « Que la C.I entre dans une nouvelle étape de sa maturité démocratique »

AfriqueVérité 14 Sep 2026 - 17H23 vues
Dah Sansan Dihignité est le président de la Mission des consciences citoyennes (Micoci). Dans cet entretien à bâtons rompus, il livre ses sentiments et avis sur les sujets brûlants de l’heure.

Comment se porte votre mouvement, la Mission des Consciences Citoyennes (MICOCI) ?

La MICOCI se porte bien, mais surtout, elle est aujourd’hui à un tournant important de son histoire. Lorsque nous avons créé la Mission des Consciences Citoyennes en 2021, notre conviction était de contribuer, aussi longtemps que possible, à la construction d’une République des valeurs avec une jeunesse qui ne soit pas simplement nombreuse, mais véritablement une jeunesse des valeurs celle que nous appelons la jeunesse substantielle. En effet, il nous fallait tirer les leçons des crises sociopolitiques et des crises de valeurs qui ont marqué les trois dernières décennies de notre pays et qui ont profondément fragilisé le tissu social et la paix. Il nous fallait donc, en tant que jeunes citoyens consciencieux et responsables, prendre notre part dans la construction de la nation. Après cinq années d’engagement sur le terrain, à travers des tournées nationales de sensibilisation, des conférences publiques et des actions autour des valeurs de la République, nous avons accumulé des expériences, connu des réussites, mais aussi identifié des insuffisances. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de relance et de repositionnement stratégique de la MICOCI face aux nouveaux enjeux de notre pays. Cette réflexion s’est imposée notamment après les dernières élections présidentielles d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire, pour lesquelles nous avions d’ailleurs engagé des actions de sensibilisation d’apaisement.  Aujourd’hui nous voulons donner une nouvelle impulsion à la MICOCI, nous ouvrir à de nouveaux partenaires et amis mais également redéfinir l’identité du « Micocien », ses responsabilités et ses devoirs vis-à-vis de la société. Oui, la MICOCI se porte bien.

 

 

 

 Nous sommes au neuvième mois de l’année 2026. Quelles sont les actions majeures que vous avez menées sur le terrain cette année ?

 

2026 est pour nous une année charnière. C’est vrai, nous sommes déjà au neuvième mois de l’année et nous nous rapprochons du dernier trimestre, nous en sommes conscients. Mais il faut aussi rappeler que nous sortons d’une année électorale marquée par des tensions et crises qui ont une fois de plus engendré des morts, notamment autour de la question politique et les élections. Dans ce contexte, nous entrons en 2026 avec un choix assumé ; celui qui aura été moins des grandes mobilisations publiques que celui de la réflexion, de la réorganisation et de la préparation d’une MICOCI d’une réorganisation stratégique adaptée aux enjeux nationaux nouveaux. Nous avons beaucoup travaillé sur nous-mêmes, sur notre organisation et sur son avenir. Nous avons notamment engagé des consultations avec plusieurs responsables et membres autour des questions liées à l’avenir de la MICOCI, à son positionnement et à ses partenaires, afin de tirer les enseignements de nos cinq premières années d’existence.

 

Mais allons plus loin.

 

Une organisation citoyenne ne se mesure pas uniquement au nombre d’activités qu’elle organise ou au nombre de personnes qu’elle mobilise. Elle se mesure également à sa capacité à produire de la réflexion, à former les consciences et à se projeter. Nous avons donc fait le choix de préparer sérieusement la prochaine étape. Cette nouvelle étape commence par une Assemblée générale que nous envisageons pour le mois de novembre pour prendre des décisions concrètes sur nos activités prochaines et notre futur. Et parmi ces décisions, il y a naturellement la question de la gouvernance de notre organisation. Et parce que je suis à mis mandat de ma présidence, la question de mon avenir à la tête de la MICOCI ne manque pas d’intérêt. Mais je considère que ce n’est pas une décision que je dois prendre seul. C’est une question qui relève de la vie et des instances de notre organisation. Pour ma part, je reste encore pleinement engagé dans la vision qui a présidé à la création de la MICOCI : contribuer à l’émergence d’une jeunesse substantielle et à la construction d’une République des valeurs.

 

 

 

 Quel est votre regard sur la situation politique dans l’ensemble et précisément sur la mise en place du prochain organe électoral ?

 

Je pense qu’il est temps que la Côte d’Ivoire entre dans une nouvelle étape de sa maturité démocratique. La dissolution de la Commission Électorale Indépendante (CEI), annoncée en mai 2026, ouvre nécessairement une période importante de réflexion sur notre système électoral. Le gouvernement a annoncé vouloir mettre en place un nouveau mécanisme de gestion des élections, notamment pour renforcer la confiance des acteurs politiques et des citoyens. C’est une décision que nous saluons. Je crois même que la société civile et l’ensemble des Ivoiriens attendaient cette évolution avec beaucoup d’intérêt.

 

Nous ne sommes toutefois pas de ceux qui ont considéré la défunte CEI comme l’unique responsable des difficultés de notre République. Mais nous pensons qu’au regard de l’évolution de notre démocratie et des expériences accumulées au fil des années, une réflexion profonde sur son modèle et son fonctionnement était devenue nécessaire. Cela dit, la question essentielle n’est pas simplement : qui va gérer les élections ? Mais plutôt : comment construire un mécanisme électoral auquel le citoyen ordinaire peut faire confiance ?

 

Pour cela, la mise en place du prochain organe électoral doit faire l’objet d’un dialogue suffisamment large entre les différentes composantes de la société ivoirienne. Parce qu’une institution électorale ne doit pas seulement être juridiquement indépendante. La défunte CEI l’était. Elle doit également être perçue comme crédible, impartiale et digne de confiance par les citoyens. Et c’est là, à mon sens, que se situe le véritable défi du nouvel organe électoral en gestation. Depuis la disparition du Président Félix Houphouët-Boigny en 1993, notre pays a rarement connu des échéances électorales totalement exemptes de tensions et de crises. Et, malheureusement, certaines de ces crises ont parfois conduit à des violences et à des pertes en vies humaines. Il faut que cela cesse. C’est pourquoi, la MICOCI, nous sommes prêts à accompagner toute initiative sérieuse, républicaine et inclusive qui permettra de renforcer la confiance dans notre système électoral et, surtout, de tourner définitivement la page des crises électorales dans notre pays. Parce qu’au fond, l’enjeu n’est pas seulement de changer un organe électoral. L’enjeu est de construire un système électoral suffisamment crédible pour que les Ivoiriens puissent continuer à croire en la démocratie sans avoir à craindre pour la paix.

 

 Quelle est votre appréciation des rapports de force entre le pouvoir et l’opposition ?

 

C’est dommage que sous nos cieux les rapports les rapports entre les acteurs politiques se réduisent aux rapports de force bien souvent aux rapports <>. Je pense qu’il nous faut sortir de cette conception avilissante de la politique dans laquelle tout se résume à un affrontement permanent entre le pouvoir et l’opposition.Je crois en une démocratie saine où même un pouvoir fort a besoin également d’une opposition forte, responsable et républicaine. Nous avons longtemps souffert des différends entre les acteurs politiques. La Côte d’Ivoire a besoin d’une politique qui rassemble davantage qu’elle ne divise. Et le gouvernement et l’opposition travailler à cela. Ce qui m’intéresse dans les rapports entre acteurs politiques, c’est la qualité des idées et leur capacité à améliorer la vie des populations. La contradiction est nécessaire à la démocratie ; la haine, elle, ne l’est pas.

 

 

 

Vous êtes un jeune leader. Pensez-vous que les conditions de la jeunesse, en termes socio-économiques et d’emploi, s’améliorent-elles ?

 

Ce serait faire preuve de cécité volontaire que de nier les efforts entrepris par le gouvernement ivoirien en faveur de l’emploi et de l’insertion des jeunes. Le gouvernement a notamment annoncé pour 2026 l’objectif d’accompagner plus de 152 000 jeunes à travers différents dispositifs.

 

Mais en tant que jeune et acteur de terrain, je pense que nous devons regarder la réalité avec beaucoup de lucidité. Les chiffres sont importants. C’est pourquoi il faut rappeler que plus de 75 % de la population ivoirienne a moins de 35 ans, que chaque année, ce sont 300 à 400 milles jeunes qui sont prêts à travailler. Mais derrière chaque chiffre, il y a un jeune, une famille et, souvent, une espérance. Le problème alors, me semble-t-il, est que les plans quinquennaux de gestion de l'employabilité montrent leurs limites. Il faut cesser de traiter cette problématique comme une simple question sociologique d’ordre structurel. L’employabilité en Côte d’Ivoire est une question éminemment politique, qui nécessite une planification précise et une projection sur le long terme. La question n’est donc pas seulement de savoir combien de jeunes ont bénéficié d’un programme, mais plutôt de savoir combien ont obtenu une insertion durable, combien ont créé une activité viable et combien peuvent aujourd’hui construire sereinement leur avenir. Voilà tout l'enjeu.

 

On ne peut pas vous avoir sans vous demander votre avis sur le phénomène de l’orpaillage clandestin et les pistes de solutions que vous préconisez ?

 

Depuis 2021 nous alertons sur l’orpaillage clandestin qui se pratique dans notre pays. Aujourd’hui cette pratique est devenu une question économique, sociale, environnementale et sécuritaire d’envergure nationale. Il détruit nos forêts, menace nos ressources en eau et fragilise parfois les communautés locales. C’est pourquoi Il faut saluer et encourager l’État de Côte d’Ivoire pour les initiatives qui sont prises avec la récente annonce d’un dispositif de lutte et de mobilisation accrue des acteurs territoriaux contre ce phénomène. Il faut saluer également les initiatives qui associent les communautés à la lutte contre l’orpaillage parce que nous savons désormais la place des chefferies traditionnelles par enrayer ces ennemis de l’écosystème. Bien évidemment, Il faut faire respecter la loi et sanctionner les réseaux qui organisent et financent cette activité illégale. Mais il faut également s’attaquer aux causes économiques et sociales qui poussent certains jeunes à y trouver une source de revenus. En tout état de cause, la MICOCI reste disposée à accompagner les efforts de l’État dans la lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire.

 

 Quels sont les chantiers prioritaires pour la suite de l’année 2026 ?

 

Notre priorité immédiate est la refondation stratégique de la MICOCI. Et cela commence par la réussite de notre Assemblée générale de novembre qui va tracer les grandes lignes de nos années à venir. Au-delà de cette échéance, notre objectif est de bâtir une organisation moderne, structurée, hautement disciplinée et prête à peser. Voyez-vous, nous voulons en tant que jeunes des consciences citoyennes, nous donner le goût de la chose publique, dans le sens le plus noble du terme, car nous n’avons pas l’intention de nous éterniser dans la société civile. Mais ce dernier pan reste à l’appréciation exclusive de l’AG.

 

 Pensez-vous que votre combat pour le changement des consciences est intégré par les populations et les décideurs ?

 

Je dirais que le chemin est encore long. Changer les consciences est probablement l’un des combats les plus difficiles qui soient, parce qu’on ne change pas les comportements uniquement avec des discours. Mais au vu de nos activités de terrain, je pense que notre message progresse. Lorsque nous parlons de citoyenneté, de responsabilité, de paix, de respect de l’autre, d’intégrité ou de jeunesse substantielle, nous touchons à des préoccupations qui dépassent les clivages politiques. Notre conviction est simple : un pays peut changer ses institutions, ses lois et ses dirigeants ; si les mentalités ne changent pas, les mêmes problèmes peuvent revenir sous d’autres formes. C’est pourquoi nous considérons que le travail sur les consciences est un travail de longue durée. C’est pourquoi Et je crois que les décideurs devraient davantage considérer les organisations citoyennes comme des partenaires de réflexion et non simplement comme des structures de mobilisation.

 

 Bientôt la rentrée scolaire. Quels messages pouvez-vous faire passer aux élèves ainsi qu’aux parents d’élèves ?

 

Aux élèves, je leur dis que l’école n’est pas simplement un endroit où l’on va chercher des diplômes. C’est un espace des valeurs où l’on apprend à penser, à travailler, à respecter les autres et à devenir progressivement responsable de soi-même. C’est à l’école qu’on apprend à être citoyen utile, conscient des enjeux nationaux et internationaux. C’est cela, l’esprit de la jeunesse des valeurs, la jeunesse substantielle, l’idéal de jeunesse que nous défendons. C’est à l’école qu’on apprend à être libre. Aux parents, je voudrais dire que l’éducation ne doit pas être entièrement déléguée à l’école. Un enfant qui réussit à l’école mais qui ne reçoit pas de valeurs à la maison reste vulnérable. Il faut une véritable alliance entre parents, enseignants et élèves.

 

Quel appel le président de la MICOCI peut-il lancer ?

 

Notre génération ne doit pas seulement hériter de la Côte d’Ivoire. Elle doit contribuer à la rendre meilleure. Mon appel est un appel à la conscience. J’appelle la jeunesse ivoirienne à sortir de la résignation, mais également à sortir de la victimisation. J’appelle les responsables politiques, économiques et sociaux à faire davantage confiance à la jeunesse. Pas une jeunesse utilisée uniquement pendant les campagnes électorales. Mais une jeunesse à qui l’on confie des responsabilités, que l’on forme et que l’on accompagne. Enfin, j’appelle tous les Ivoiriens à préserver la paix et le vivre-ensemble. Nous pouvons avoir des opinions différentes, des appartenances politiques différentes et des visions différentes de la Côte d’Ivoire. Mais nous avons une même Côte d’Ivoire dont nous avons le devoir de respecter et de protéger. La MICOCI continuera donc son combat pour une jeunesse consciente et responsable, pour une citoyenneté active et pour une République fondée sur les valeurs.

 

Réalisé par la Rédaction 

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